
Un lundi midi, au collège Antonin Perbosc de Lafrançaise, ils ne sont pas en train de réviser. Ils parlent engagement, mémoire, solidarité. Ils ont 14 ans… et déjà un sens du collectif qui dépasse la salle de classe. Ici, on appelle ça la classe défense. Mais derrière le nom, il y a autre chose qu’un simple dispositif scolaire.
Ce sens du collectif, il ne sort pas de nulle part. Chaque année, il s’expose au grand jour lors du rallye citoyen du Tarn-et-Garonne. Un événement à part, qui rassemble plus de 1 000 élèves autour d’épreuves mêlant mémoire, sport, citoyenneté et esprit d’équipe. Et depuis trois ans, à Lafrançaise, une habitude s’est installée : gagner. Trois victoires consécutives. Pas un hasard.
Sur le terrain, ça se voit. Ils arrivent ensemble. En rang. Même tenue, même allure. Ce n’est pas militaire au sens strict. Mais organisé. Soudé. Dans les regards, il y a de la concentration. Et surtout, une envie commune. « On ne peut pas accepter l’individualisme », glisse le principal, Monsieur Sanagustin. « C’est la somme des individualités qui fait la richesse. »
Au départ, une idée… et quelques réticences
La classe défense du collège Antonin Perbosc voit le jour en 2022, sous l’impulsion de la CPE, Madame Husson avec le soutien du principal Monsieur Sanagustin. Aujourd’hui, toute une équipe éducative porte le projet.
À l’époque, l’idée est simple : donner du sens au parcours citoyen des élèves. Mais sur le terrain, ça ne prend pas tout de suite. « Il y a toujours un a priori quand on parle de l’armée à l’école », reconnaît le principal.
Dans les salles des professeurs, la question interroge. Faire entrer l’armée dans un collège ? Le sujet est sensible. Au départ, les enseignants ne sont pas franchement convaincus. On hésite. On doute.
Il faudra expliquer. Montrer. Rassurer. Une rencontre est organisée avec les militaires. Le lieutenant-colonel Christophe Masse, délégué Militaire Départemental adjoint, vient expliquer, sans uniforme. On parle pédagogie, valeurs, citoyenneté. Pas discipline militaire.
Peu à peu, les lignes bougent. Un professeur d’histoire, Monsieur Herrera, accepte de porter le projet sur le plan pédagogique.
Une classe… qui n’en est pas vraiment une
Ici, pas de rangs au garde-à-vous. La “classe défense” est en réalité un groupe d’une vingtaine d’élèves, tous volontaires, répartis dans deux classes de troisième. Ils se retrouvent chaque semaine, le lundi. Une heure. Parfois plus. Parfois ailleurs.
Sur cette heure dédiée, les élèves alternent interventions et échanges, entre programme scolaire, préparation du rallye citoyen et moments de cohésion.
Un jour, ce sont les équipes de l’ONAC (office national des anciens combattants) qui viennent parler de la Première Guerre mondiale.
Des tranchées, des blessures, des “gueules cassées”. Et très vite, les Bleuets prennent un autre sens. Les élèves ne se contentent plus d’en entendre parler. Ils participent à la collecte. Cette année, leur mobilisation a permis de récolter près de 900 euros. « Au départ, certains ne savaient même pas ce que c’était », sourit le principal. « Aujourd’hui, ils en comprennent le sens. »
Un autre lundi, le sujet change. La guerre d’Algérie. Des témoignages, parfois bruts, parfois déroutants. Mais toujours suivis d’un temps d’échange. Comprendre. Replacer. Discuter.
Du concret, toujours du concret
L’autre pilier du dispositif, c’est le terrain. La classe s’appuie sur un partenariat avec le Centre d’instruction élémentaire de conduite (CIEC) de Castelsarrasin. Là-bas, ils découvrent autrement. Sensibilisation à la sécurité routière pour préparer l’ASSR. Mais aussi des challenges, des ateliers, des mises en situation. Des moments où il faut réfléchir, s’adapter… et surtout, agir ensemble.
À l’inverse, les militaires viennent aussi à eux. Pas pour faire un cours. Mais pour apporter une vision terrain. Parler des opérations extérieures. Du métier. De l’engagement. « Ce sont des gens qui ont vécu ce qu’ils racontent », insiste le principal. « Ça change tout. »
Mémoire, don du sang : l’engagement en actes
Mais la classe défense ne s’arrête pas aux rencontres. Elle agit. Les élèves participent aux cérémonies du 11 novembre. Rénovent des monuments. Organisent des actions solidaires.
Prochaine étape : mobiliser tout le collège pour une collecte de sang. Pas juste participer. Convaincre. Expliquer. Porter. « On veut des élèves qui souhaitent s’engager, des volontaires. Des jeunes prêts à donner de leur temps. »
Une cohésion qui dépasse la classe
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement ce qu’ils font. C’est ce qu’ils deviennent. À la cantine, ils se regroupent naturellement. En sortie, ils avancent ensemble. En difficulté, ils s’entraident. Et c’est là que tout se joue.
Dans cette mécanique bien huilée, une figure revient sans cesse : Morgane Boutinaud. Assistante d’éducation au collège, réserviste au 31ᵉ régiment du génie, elle est sur tous les fronts. Mais surtout, elle est celle qui fait le lien. « C’est elle qui constitue le groupe », glisse le principal. « C’est ce qui explique aussi nos résultats au rallye. »
Concrètement, ça donne quoi ? Des élèves qui s’appellent quand l’un manque. Des discussions autour d’un goûter. Des regards qui changent. « Un élève peut venir me voir pour me dire qu’un camarade ne va pas bien », raconte-t-elle. « Pas pour dénoncer. Mais parce qu’il s’inquiète. »
Et l’armée, dans tout ça ?
La question revient souvent. Former des futurs militaires ? La réponse est non. « L’objectif, ce n’est pas qu’ils s’engagent dans l’armée », rappelle le principal. « L’objectif, c’est l’engagement. » Certains poursuivront. Beaucoup non. Mais tous repartiront avec quelque chose.
Le rallye citoyen, point d’orgue
Au bout de l’année, il y a le rallye citoyen du Tarn-et-Garonne. Un moment à part. Épreuves, défis, mises en situation. Mais surtout : une restitution. « Le rallye, c’est ce qu’on a appris toute l’année », résume Morgane Boutinaud. Un test. Mais aussi une vitrine. Et à Lafrançaise, on y va rarement pour faire de la figuration.
Une école de l’engagement
Dans les couloirs du collège, rien ne distingue vraiment ces élèves des autres. Pas d’uniforme. Pas de statut particulier. Juste des jeunes. Mais peut-être avec un petit quelque chose en plus. Un sens du collectif. Une attention aux autres. Une manière de s’impliquer.
Et dans un monde dans lequel on parle souvent de désengagement, ça vaut probablement plus que toutes les leçons.
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