Ancien directeur général des services de Montauban pendant 17 ans, Didier Lallemand est devenu maire il y a quelques mois. Pour Journal du Jour, il revient sur son parcours, son rapport à la politique et sa vision d’une fonction qu’il n’avait jamais imaginé exercer.
Lorsque Didier Lallemand s’installe dans le fauteuil de maire de Montauban, il connaît déjà parfaitement la maison. Pendant dix-sept ans, il a occupé le poste de directeur général des services, le plus haut fonctionnaire de la collectivité. Pourtant, devenir maire n’a jamais été un objectif.
« Jamais », répond-il sans hésiter lorsque nous lui demandons à quel moment il a commencé à envisager cette fonction. La réponse surprend. Dans un monde politique où les parcours sont souvent jalonnés d’ambitions assumées et de stratégies de long terme, Didier Lallemand raconte au contraire une succession d’opportunités saisies au fil du temps.
Qui est Didier Lallemand ?
Avant les collectivités, il travaille dans le secteur privé, notamment chez Orange. Sa carrière le conduit à Paris, Bordeaux, Limoges puis en Polynésie française. Une expérience qui illustre déjà sa manière d’aborder la vie : saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.
« Vous êtes sur le quai de la gare. Un train arrive. Les portes s’ouvrent. Vous avez le choix : monter dans le train ou rester sur le quai. Il n’y a pas une solution meilleure que l’autre. Vous n’aurez simplement pas la même vie. » Puis il ajoute : « Moi, j’ai plutôt tendance à monter dans le train. » C’est ainsi qu’il est parti vivre plusieurs années en Polynésie. C’est aussi ainsi qu’il est devenu maire de Montauban.
Entre la mer et la mairie
Lorsqu’il quitte la mairie en 2021, il imagine alors une retraite faite de voyages, de projets personnels et d’expositions. L’été 2025 marque un tournant inattendu. L’inéligibilité de Brigitte Barège vient bouleverser les plans. Quelques jours plus tard, l’ancienne maire et députée l’appelle. Après dix-sept années passées à travailler à ses côtés, elle estime qu’il est la personne la plus à même de poursuivre l’action engagée à Montauban lors des prochaines élections municipales. « Je veux que ce soit vous », lui dit-elle.
La décision ne sera pas immédiate. Pour réfléchir, il sollicite une amie. Ensemble, ils dressent deux colonnes sur une feuille de papier. Sur l’une est inscrit « M.E.R. », en référence à son pied-à-terre méditerranéen. Sur l’autre, « M.A.I.R.E. ». « Elle m’a dit : tu ne mets que les contraintes, pas les avantages. » L’anecdote le fait encore sourire aujourd’hui.
Au terme de cette réflexion, il choisit finalement la mairie. « Sans doute que je n’ai pas trouvé beaucoup d’inconvénients à M.A.I.R.E., puisque j’ai décidé de me lancer dans la bataille. Et je ne le regrette pas. »
Un maire de proximité
Au fil de l’entretien, un mot revient régulièrement : proximité qui constitue d’ailleurs l’un des trois piliers de son projet municipal, aux côtés des projets et de la protection.
Depuis son élection, Didier Lallemand découvre une exposition nouvelle. Lui qui travaillait dans l’ombre de l’administration se retrouve désormais interpellé dans la rue par des habitants qui le reconnaissent. « Ce qui m’émeut, c’est quand des gens que je ne connais pas me disent simplement : Bonjour Monsieur le Maire », confie-t-il.
Le maire parle des grands projets structurants, du futur hôpital, de la future gare LGV, du quartier qui doit émerger autour ou encore du développement de Montauban. Mais il revient toujours aux habitants. À la personne âgée qui peine à effectuer ses démarches en ligne. À la mère de famille qui souhaite un cheminement sécurisé pour conduire ses enfants à l’école. À l’habitant qui l’interpelle dans la rue pour lui signaler un problème du quotidien. « Les grands projets sont importants. Mais ils ne changent pas forcément la vie de la mamie qui a du mal à sortir faire ses courses », résume-t-il. Une vision qui irrigue son approche du mandat.« C’est aussi ça le boulot de maire. »
Montauban, une ville qui continue de grandir
Lorsqu’il évoque l’avenir de Montauban, Didier Lallemand commence par un constat : « En vingt-cinq ans, Montauban, c’est 25 % de population supplémentaire et 25 % d’emplois supplémentaires. »
Pour lui, ces chiffres traduisent avant tout l’attractivité d’un territoire qui a su se développer sans devenir une simple ville-dortoir de l’agglomération toulousaine. Mais ce qui le marque davantage encore, c’est l’équilibre trouvé par la cité d’Ingres. « Je considère que Montauban est une ville de la bonne taille », explique-t-il. Suffisamment grande pour porter des projets ambitieux, attirer des entreprises et investir dans ses équipements. Suffisamment petite aussi pour conserver une capacité de décision rapide et un lien direct avec les habitants.
Cette recherche d’équilibre traverse d’ailleurs une grande partie de sa vision pour la ville : continuer à accueillir de nouveaux habitants sans perdre ce qui fait aujourd’hui l’identité de Montauban. « Conserver la qualité de vie et le vivre-ensemble. »
Le défi du futur quartier gare : « Des gens vont y vivre. Il ne faut pas se tromper. »
Parmi les projets qui structureront les prochaines années, l’un occupe une place particulière dans son discours : le futur quartier autour de la gare LGV. Pour lui, ce projet dépasse largement la seule question de l’aménagement urbain. Il s’agit d’imaginer un nouveau morceau de ville capable d’accueillir habitants, emplois, équipements publics et services. « Des gens vont y vivre. Il ne faut pas se tromper. »
Un projet dont il suit les évolutions depuis plus de vingt ans. « La première réunion sur la LGV, je l’ai faite avec Brigitte Barèges en 2005. » À cela s’ajoutent d’autres enjeux : l’adaptation au changement climatique, le développement des mobilités douces ou encore la plantation de 15 000 arbres annoncée dans son programme.
La loi ZAN, un sujet de préoccupation
S’il se montre généralement mesuré dans ses réponses, un sujet fait apparaître davantage de fermeté : la loi ZAN, pour « zéro artificialisation nette ». Pour le maire, cette réglementation risque de freiner le développement des territoires comme Montauban.
Il considère que les contraintes imposées ne prennent pas suffisamment en compte les réalités locales et pourraient compliquer certains projets majeurs. En particulier celui du futur quartier gare. « Je vais me battre », affirme-t-il en évoquant la nécessité de faire reconnaître ce projet comme un aménagement d’intérêt régional.
« Je ne veux laisser personne au bord de la route »
Au terme de cette rencontre, une impression demeure. Didier Lallemand parle peu de stratégie politique. Il ne cherche pas à construire un personnage. Il raconte davantage un parcours, des choix de vie, des rencontres et une certaine manière d’exercer les responsabilités.
Il revendique la confiance comme principe de départ. « Je fais confiance par principe », explique-t-il. Avant d’ajouter dans un sourire : « Je ne suis pas rancunier, mais j’ai de la mémoire. » Mais au-delà des projets, c’est peut-être une phrase prononcée une fois l’entretien terminé qui résume le mieux sa conception du mandat.
Alors que la conversation touche à sa fin et que le carnet se referme, Didier Lallemand glisse simplement : « Je ne veux laisser personne au bord de la route. » Peut-être est-ce finalement la définition la plus sincère de sa vision du mandat. Celle d’un homme devenu maire presque par hasard, mais qui entend désormais accompagner le destin d’une ville de plus de 65 000 habitants.
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