De la Résistance à l’engagement citoyen : 18 jeunes de Moissac distingués à la préfecture

Dix-huit jeunes de Moissac récompensés à la préfecture de Tarn-et-Garonne pour leur travail sur la Résistance et l'engagement citoyen.
Dix-huit jeunes de Moissac ont reçu le Prix départemental de l'Initiative mémorielle après plusieurs mois de travail sur la Résistance, le maquis d'Ornano et le devoir de mémoire. JDJ
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Pendant plusieurs mois, dix-huit jeunes de Moissac ont étudié la Résistance à travers les archives, les lieux de mémoire et les témoignages. Mais ils ne se sont pas contentés d’apprendre l’histoire. De la collecte du Bleuet de France à la restauration du mémorial du maquis d’Ornano, ils ont choisi de la vivre, de la transmettre et de s’engager à leur tour. Une démarche saluée le 27 mai à la préfecture de Tarn-et-Garonne par le Prix départemental de l’Initiative mémorielle.

« Ils avaient notre âge, ou presque »

« Ils avaient notre âge, ou presque. » Dans la salle Jean Moulin de la préfecture, cette phrase revient comme un fil rouge au cours de la présentation. Devant les autorités, les élus et les représentants du monde combattant, les jeunes de Moissac dévoilent les panneaux qu’ils ont eux-mêmes conçus après plusieurs mois de recherches sur la Résistance.

Au fil de leur travail, une découverte les a particulièrement marqués : ceux qu’ils étudiaient dans les livres n’étaient pas beaucoup plus âgés qu’eux. L’âge moyen des résistants était de 22 ans. Certains n’avaient pas encore 17 ans lorsqu’ils ont choisi d’entrer dans la clandestinité. « Ils avaient notre âge, ou presque. Ils ont tout quitté : leur famille, leur confort, leur vie, pour refuser de se soumettre. Ce courage-là nous a profondément marqués », écrivent-ils. C’est cette prise de conscience qui semble avoir donné sa profondeur au projet présenté à la préfecture.

Des archives aux lieux de mémoire : Oradour, Rivesaltes et le maquis d’Ornano

L’aventure a commencé plusieurs mois plus tôt. Les jeunes ont d’abord fréquenté le musée de la Résistance de Montauban et les archives départementales. Puis ils sont partis sur le terrain.

Une cinquantaine d’entre eux ont visité Oradour-sur-Glane. Dix-sept autres se sont rendus au mémorial du camp de Rivesaltes. Ils ont découvert des lettres, des poèmes, des témoignages et les différentes formes de résistance. Combattre. Écrire. Transmettre. Le maquis d’Ornano a également occupé une place centrale dans leurs recherches.

Accompagnés notamment par Patrice Castel, de l’association Mémoire Résiste, ils ont retracé l’histoire de ces jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire qui avaient choisi la clandestinité et le combat. Peu à peu, l’histoire a cessé d’être un simple cours pour devenir une réalité concrète.

Restaurer le mémorial du maquis d’Ornano

Pour les organisateurs, l’objectif n’était pas seulement de transmettre des connaissances. Il s’agissait aussi de permettre aux jeunes de s’approprier cette mémoire. Cette démarche s’est notamment traduite par leur participation à un chantier de restauration du mémorial du maquis d’Ornano.

Présent lors de la cérémonie, Gino, représentant des associations engagées dans ce travail de mémoire, a tenu à les remercier publiquement. « Merci à ces jeunes qui sont venus apporter leur pierre pour refaire le muret de l’allée du mémorial d’Ornano. »

Un geste modeste en apparence. Mais un symbole fort pour ceux qui défendent la transmission de cette histoire. Comme l’a rappelé Patrice Castel, « investir ces lieux de mémoire permet de rendre l’histoire vivante et de mieux comprendre le quotidien de ceux qui ont vécu ces événements. »

La collecte du Bleuet de France et l’engagement citoyen

Le projet ne s’est pas arrêté là. Durant trois samedis consécutifs sur le marché de Moissac, les jeunes ont participé à la collecte du Bleuet de France au profit des anciens combattants et des victimes de guerre.

Leur mobilisation a permis de récolter 710 euros. Une action qui fait directement écho à l’un des messages de leur exposition : « L’engagement n’a pas d’âge. » De la recherche historique à l’action citoyenne, le projet a progressivement dépassé le seul cadre du devoir de mémoire.

Une aventure collective

Si les dix-huit jeunes ont été récompensés à la préfecture, ce projet est aussi le fruit d’un travail collectif mené pendant plusieurs mois. Cheville ouvrière de cette initiative, Hanane Guégan, déléguée du préfet pour la politique de la ville, a accompagné sa mise en œuvre aux côtés des différents partenaires mobilisés autour du projet.

Les recherches historiques et le travail de mémoire ont été conduits avec Patrice Castel, de l’association Mémoire Résiste : Histoire et Mémoire de la Résistance en Occitanie. Marie-José Vieitez et l’association REEL ont également accompagné les jeunes tout au long de leur parcours. Les visites, les actions citoyennes et les différents temps de transmission ont également été rendus possibles grâce à l’implication de l’Association nationale des membres de l’Ordre national du Mérite de Tarn-et-Garonne, de l’Office national des combattants et victimes de guerre de Tarn-et-Garonne, des associations Bouger pour s’en sortir, Montauban Services et Familles Rurales Tarn-et-Garonne Services. Le chantier participatif du maquis d’Ornano a quant à lui bénéficié du soutien de la Société des Amis du Vieux Saint-Antonin et de l’Amicale du maquis d’Ornano.

Autant d’acteurs qui ont permis à ces jeunes de découvrir l’histoire autrement, en passant de la mémoire à l’engagement citoyen.

Un prix départemental pour un projet présenté au niveau national

En remettant le Prix départemental de l’Initiative mémorielle, Erick Lebrun, président départemental de l’Association nationale des membres de l’Ordre national du Mérite, a salué un travail qu’il juge exemplaire. « Ces jeunes avaient votre âge. Et vous l’avez compris », a-t-il rappelé en évoquant les destins d’Henri Fertet, fusillé à 16 ans, et de Guy Môquet, exécuté à 17 ans.

Le dossier sera désormais présenté au niveau national. Mais au-delà de la distinction, c’est surtout la démarche qui a été saluée.

L’exposition disponible gratuitement

L’exposition « Œuvrer contre l’oubli : des lieux, des visages, un héritage… un devoir de transmission », réalisée par les jeunes de Moissac, est proposée gratuitement. Accompagnée d’un dossier pédagogique, elle peut être présentée dans les établissements scolaires, les collectivités ou les associations qui souhaitent sensibiliser les jeunes au devoir de mémoire et à l’engagement citoyen.

Avant de conclure la cérémonie, les jeunes ont eux-mêmes résumé ce qu’ils retiennent de cette expérience : « C’est comme ça qu’on peut mieux retenir et comprendre les leçons du passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs et faire vivre cette histoire. » Une phrase qui résume sans doute mieux que n’importe quel discours le sens de leur engagement.

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Emilie BOTTIN
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