
Après quatorze années de présidence assurées par Claude Gauthier, le Syndicat de Défense du Chasselas de Moissac AOP change de génération. À 39 ans, Julien Custody prend la tête d’une filière qui cherche aujourd’hui à préserver son identité tout en restant économiquement viable.
Dans les vignes de Chasselas, le sujet dépasse largement une simple élection interne. Derrière l’arrivée de Julien Custody à la présidence du Syndicat de Défense du Chasselas de Moissac AOP, c’est aussi une autre manière d’aborder l’agriculture qui apparaît.
À 39 ans, ce producteur installé à Cazes-Mondenard appartient à une génération qui a grandi avec les outils numériques, l’agriculture de précision et une pression économique devenue permanente sur les exploitations. Pourtant, il prend aujourd’hui la tête d’une AOP dont la réputation repose presque sur l’inverse : une culture manuelle, des volumes limités et un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations.
Le Chasselas de Moissac face aux tensions de la filière
Le Chasselas de Moissac reste l’un des produits agricoles les plus identifiés du Tarn-et-Garonne.
Premier fruit frais à avoir obtenu une AOC en 1971 avant de devenir AOP en 1996, il bénéficie aussi depuis 2017 d’une inscription à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel. Mais derrière cette reconnaissance, les producteurs doivent aujourd’hui composer avec une réalité plus fragile : hausse des coûts de production, concurrence des variétés sous licence, pression sur les prix ou encore difficulté à renouveler les exploitations.
Aujourd’hui, environ 150 producteurs continuent de faire vivre l’appellation sur un peu plus de 300 hectares. Une taille relativement limitée qui renforce à la fois l’identité du Chasselas… et sa fragilité face aux évolutions du marché.
De l’agroéquipement à l’exploitation familiale
Avant de reprendre l’exploitation familiale, Julien Custody a passé plusieurs années dans le secteur de l’agroéquipement.
Après un BTS Agroéquipement obtenu à Carmaux, il rejoint d’abord Kverneland Group France avant d’intégrer John Deere France comme spécialiste agriculture de précision, pulvérisation et semis. Une expérience qui lui donne aujourd’hui un regard particulier sur les questions de compétitivité, d’organisation du travail et de coûts de production, devenues centrales dans de nombreuses exploitations.
En 2017, à l’occasion du départ à la retraite de son père, il revient finalement à Cazes-Mondenard pour reprendre l’exploitation familiale. Depuis, la structure est passée de 6 à 17 hectares répartis entre Chasselas de Moissac AOP et prune de table.
Julien Custody appelle les producteurs à se mobiliser
Le nouveau président résume lui-même cette ligne de crête : « J’aime l’innovation tout en étant attaché au patrimoine que représente le Chasselas de Moissac AOP. C’est un équilibre difficile à trouver, mais indispensable pour préparer l’avenir. »
Parmi ses priorités, Julien Custody souhaite renforcer la dynamique autour de l’association AIRSO, mieux fédérer les producteurs et poursuivre les réflexions engagées sur les coûts de production, notamment autour des emballages.
Mais derrière les questions techniques, le nouveau président adresse surtout un message clair aux producteurs : celui de la mobilisation. « Nous devons défendre nos intérêts, affirmer notre identité et préparer collectivement l’avenir de la filière raisin de table », explique-t-il.
Dans une production où les équilibres économiques restent fragiles, le maintien du Chasselas de Moissac passera aussi par la capacité des producteurs à parler d’une même voix.
Pour ne rien manquer de nos prochaines publications, n’hésitez pas à vous abonner à notre page Facebook.































