Après 36 ans sous l’uniforme, le lieutenant-colonel Christophe Masse fait ses adieux aux armes

Le lieutenant-colonel Christophe Masse lors de ses adieux aux armes à Montauban
Le lieutenant-colonel Christophe Masse lors de la lecture de l’ordre du jour marquant ses adieux aux armes, à la caserne Guibert de Montauban. JDJ
Urbin Castel 2026 à Castelsarrasin

À la caserne Guibert, le lieutenant-colonel Christophe Masse a refermé mardi une carrière de 36 années au service de la France. Une cérémonie solennelle, mais surtout le départ d’un officier qui aura profondément tissé le lien entre l’armée et le Tarn-et-Garonne au cours de ses cinq dernières années de service.

Mardi, sur la place d’armes de la caserne Guibert, il y avait les uniformes, les porte-drapeaux et toute la solennité militaire d’un « adieu aux armes ». Face au lieutenant-colonel Christophe Masse, délégué militaire départemental adjoint, le général de corps d’armée Yves Métayer a lu l’ordre du jour venant refermer 36 années de carrière militaire. Mais derrière le cérémonial, c’est aussi une histoire beaucoup plus locale qui s’achevait : celle des cinq années durant lesquelles Christophe Masse aura fait du Tarn-et-Garonne sa dernière terre de service. Présentation des troupes, revue puis lecture de l’ordre du jour : la cérémonie obéit à un cérémonial précis. Pour Christophe Masse, ce moment avait nécessairement une saveur particulière.

Seize déménagements et 26 missions

Cinq ans au même endroit peuvent paraître peu. Dans une carrière militaire, ils peuvent représenter beaucoup. « Cinq ans, c’est une tranche de vie qui permet un peu d’enracinement », confiait le lieutenant-colonel quelques instants avant la cérémonie. Le Tarn-et-Garonne aura aussi été synonyme pour lui d’un seizième déménagement. Cette dernière affectation lui aura surtout donné quelque chose que les mutations successives permettent rarement : « du temps au temps », explique-t-il, et la possibilité d’inscrire certaines actions dans la durée.

Avant Montauban, il y eut une carrière particulièrement dense. Spécialiste des blindés, Christophe Masse leur consacre les quinze premières années de son parcours avant de s’orienter vers des fonctions d’état-major, d’expertise et les actions civilo-militaires. Et puis il y a le terrain : 26 missions, généralement de quatre à six mois, auxquelles s’ajoutent des affectations plus longues vécues en famille en Nouvelle-Calédonie, au Sénégal et au Gabon. Puis est venu le Tarn-et-Garonne.

Cinq années pour créer des liens

La Délégation militaire départementale est une structure assez peu connue du grand public. Elle occupe pourtant une place particulière entre les armées et le territoire. Christophe Masse la décrit comme un « trait d’union », une interface entre le monde militaire et le département. Gestion et préparation des crises, lien armée-Nation, travail de mémoire : les missions sont multiples. Mais, durant ces cinq années, l’officier aura particulièrement investi un domaine : le lien entre l’armée et la jeunesse. Avec une conviction : transmettre « le goût de l’engagement, du civisme et du service du bien commun ».

Lorsqu’il arrive, le covid est passé par là et plusieurs actions se sont arrêtées ou ont fortement ralenti. Les classes défense sont alors au nombre de trois. Elles sont aujourd’hui 25. Le rallye citoyen connaît la même dynamique. Relancé avec une centaine d’élèves en 2021, il grandit progressivement : 200, 400, 500 puis plus de 1 000 participants. Une progression que le lieutenant-colonel refuse toutefois de s’attribuer seul, insistant sur la confiance de sa hiérarchie et sur le travail mené avec l’Éducation nationale et le trinôme académique. Cette manière de travailler raconte peut-être mieux ses cinq années que les chiffres eux-mêmes. Parce qu’à la DMD, il faut moins commander que convaincre.

« Il a su rendre les choses faciles »

Quelques minutes avant la cérémonie, le colonel Jérôme Christ, délégué militaire départemental de Tarn-et-Garonne, ne cachait pas l’importance prise par son adjoint. « Ce fut une collaboration excellente dès le départ. Dans une carrière, on croise beaucoup de monde qui marque, et il fait partie de ces personnes-là. » Derrière la formule apparaît aussi une réalité beaucoup moins visible du fonctionnement quotidien de la DMD. « À la DMD, c’est lui qui a le rôle ingrat. Il fait le boulot et c’est grâce à l’investissement du lieutenant-colonel Masse que le travail est fait. Le reste est facile. Et, il a su rendre les choses faciles. » Le nombre de personnes venues assister à son départ témoignait, selon lui, de « l’empreinte » laissée par l’officier en Tarn-et-Garonne.  Un regard que partage le lieutenant Théobald de Riberolles, réserviste au sein de la Délégation militaire départementale.

Une petite équipe et « dix mille idées à la minute »

Une DMD n’est pas un régiment. Les moyens et les effectifs n’y sont pas les mêmes. Il faut « convaincre plus qu’ordonner », résume Théobald de Riberolles. Savoir travailler avec un préfet comme avec un maire, un chef d’entreprise, un porte-drapeau, un militaire d’active ou un bénévole. Autour de Christophe Masse, une petite équipe s’est ainsi appuyée sur les compétences de chacun et sur plusieurs réservistes. Pour Théobald de Riberolles, le résultat se mesure autant dans le travail réalisé que dans les personnes réunies ce mardi : « Cette foule dit probablement mieux que n’importe quel bilan ce que vous avez accompli », lui a-t-il lancé. Le lieutenant salue notamment le rôle joué par Christophe Masse dans une DMD devenue, selon ses mots, « présente, active, reconnue et rayonnante ».

Mais, un adieu aux armes n’est pas seulement fait de solennité. Ceux qui ont travaillé avec lui retiendront aussi ce que Théobald de Riberolles appelle avec humour « la méthode Masse » : une passion pour l’Histoire, un goût prononcé pour le protocole et surtout un cerveau capable de produire « dix mille idées à la minute ». « Le problème n’a jamais été de trouver les idées. Le problème, c’était de trouver quelqu’un pour les réaliser », plaisante-t-il, avant de souligner ce qui se cachait derrière cette exigence : la confiance, la liberté laissée aux autres et la capacité à « donner envie de faire ».

Le témoin passe à Richard Valère

Le témoin passe désormais au colonel Richard Valère, qui succède à Christophe Masse dans ses fonctions de délégué militaire départemental adjoint. Arrivé la veille de la cérémonie, il partage avec son prédécesseur une courte période de transmission. « C’est un témoin qui se transmet à mon successeur. Une mission continue avec quelqu’un d’autre. »

Pour celui qui s’en va, le conseil tient en quelques mots : « Vas-y, épanouis-toi. » Une fonction qui offre, dit-il, beaucoup de liberté, de latitude et d’autonomie tout en maintenant les équilibres construits notamment autour des classes défense et de la préparation opérationnelle du territoire. Cette dernière affectation occupe une place particulière dans ses souvenirs. Une fois mises de côté les opérations extérieures et cette « deuxième famille » que représente la vie en régiment, Christophe Masse n’hésite pas : « J’ai eu ici ma meilleure expérience militaire. » Une phrase qui prend un relief particulier au moment de quitter définitivement le service actif.

Maintenant, apprendre à avoir du temps

Reste alors une question beaucoup plus personnelle : que fait-on le lendemain de 36 années passées sous l’uniforme ? Christophe Masse sourit presque devant la difficulté de la réponse. « Pour être très honnête avec vous, je n’ai pas de hobby en dehors de mon métier de militaire. Et ça, c’est un vrai sujet. » Il reste passionné par la géopolitique, les civilisations étrangères, l’interculturalité ou les arts premiers. Mais, pour l’immédiat, ses priorités sont ailleurs. Prendre du temps. Pour sa femme, ses enfants, ses petits-enfants. Retrouver aussi une liberté que la vie militaire lui laissait peu. Puis, après « un temps de respiration personnelle », probablement revenir vers l’engagement, cette fois dans le monde associatif ou caritatif. Il ignore encore sous quelle forme.

Une transition dont le colonel Christ mesure lui aussi ce qu’elle représente. « On ne laisse pas 36 ans de service sans émotions. La suite est un nouveau départ à un âge où ce n’est pas facile. Alors, je lui souhaite beaucoup de bonnes choses. » Peut-être la rupture ne sera-t-elle pas tout à fait immédiate. Le colonel espère pouvoir profiter encore quelque temps de « son immense expérience » auprès de la DMD.

À la question de savoir comment on se sent juste avant de faire ses adieux aux armes après une telle carrière, Christophe Masse avait finalement trouvé des mots très simples : « Un brin de nostalgie, un brin d’émotion. » Puis, au moment de refermer cette dernière page militaire, un dernier message : « Merci au Tarn-et-Garonne et à tous ceux qui nous ont fait confiance. »

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