En restaurant l’église d’Espis, des bénévoles mettent au jour des peintures médiévales

Sylvie Lemozy devant les peintures médiévales découvertes lors de la restauration de l'église d'Espis, près de Moissac.
Devant les peintures médiévales remises au jour, Sylvie Lemozy raconte avec passion les découvertes réalisées au fil du chantier de restauration de l'église d'Espis. Chaque samedi, les bénévoles ont peu à peu révélé un patrimoine oublié depuis des siècles. JDJ
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Ils pensaient simplement restaurer une vieille église. Samedi après samedi, les bénévoles de l’association de sauvegarde de l’église d’Espis, à Moissac, ont pourtant mis au jour une porte condamnée depuis des décennies, des éléments architecturaux oubliés… puis des peintures médiévales que les spécialistes considèrent comme une découverte patrimoniale majeure.

Chaque samedi du mois de mars, ils étaient une douzaine à se retrouver devant l’église d’Espis. Munis de leurs outils, les bénévoles avaient une mission bien précise : retirer l’épaisse couche de béton qui recouvrait la façade depuis 1979. Au fil des heures, les morceaux de béton tombaient les uns après les autres. Mais très vite, le chantier a réservé bien plus que ce qu’ils imaginaient. « Tous les samedis, on trouvait quelque chose », raconte avec enthousiasme Sylvie Lemozy, secrétaire de l’association de sauvegarde de l’église d’Espis, qui a guidé la visite des lieux.

L’église d’Espis qui révèle peu à peu ses secrets

Avant même la découverte des peintures, les bénévoles ont vu réapparaître une ancienne porte des morts, murée depuis des décennies et oubliée jusqu’aux habitants les plus anciens du hameau. Ils ont également retrouvé les vestiges d’un bénitier aujourd’hui disparu, tandis que l’ancien enduit de béton, parfois épais de près de dix centimètres, laissait progressivement place aux murs d’origine. « On n’est pas une équipe jeune », sourit Sylvie Lemozy. Pourtant, chaque samedi, les bénévoles, rejoints par leurs proches, ont poursuivi ce patient travail de dégagement.

Au total, près de 110 m² de façade ont été débarrassés de leur revêtement moderne. Le chantier de restauration, réalisé avec le concours du maçon Jérémy Peccolo, représente un investissement d’environ 13 000 euros aidé par la mairie de Moissac. Après le retrait du béton, l’édifice retrouvera progressivement un enduit traditionnel à la chaux, plus respectueux de cette église dont les fondations remontent au XIᵉ siècle.

Puis apparaissent les premières couleurs

Le plus beau restait cependant à découvrir. Sous plusieurs couches successives de plâtre du cœur, des peintures anciennes sont progressivement apparues. Malgré les nombreux piquages, les peintures sont assez bien conservées. Les spécialistes du patrimoine, parmi lesquels Virginie Czerniak, spécialiste de la peinture médiévale à l’Université Toulouse-Jean-Jaurès, ainsi que les services de la DRAC Occitanie et du patrimoine de la Ville de Moissac, se sont rapidement déplacés pour examiner cette découverte. Selon l’association, tous ont confirmé l’intérêt exceptionnel de cet ensemble peint.

Des scènes de la vie du Christ retrouvées

Les fresques racontent plusieurs épisodes de la vie du Christ. On y distingue notamment l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Adoration des Mages, puis la Présentation de Jésus au Temple. L’un des Rois mages, Melchior, apparaît vêtu de noir, un détail iconographique caractéristique des représentations des XIVᵉ et XVᵉ siècles.

Une partie des peintures a malheureusement disparu au fil des siècles, notamment lors de la création d’une fenêtre venue interrompre l’une des scènes. Au plafond, une voûte décorée d’étoiles rappelle quant à elle les chapelles traditionnellement dédiées à la Vierge Marie.

Une restauration qui redonne vie à l’église

Pour les bénévoles, la découverte des peintures dépasse largement la seule dimension historique. Depuis la réouverture de l’édifice, l’église a retrouvé sa vocation première. Le 23 mai dernier, un baptême y a été célébré, une première depuis plus de soixante ans selon les registres paroissiaux retrouvés par l’association. « On y met tout notre cœur et tous nos espoirs », confie Sylvie Lemozy.

Le soutien de la population ne faiblit pas. Le premier repas organisé par l’association, le 28 juin à Lizac, a réuni près de 150 personnes venues soutenir la poursuite des travaux. La municipalité de Moissac a également annoncé qu’une campagne de restauration des peintures serait engagée dans les prochains mois.

En attendant, le public pourra découvrir ce patrimoine lors des Journées européennes du patrimoine, mais aussi chaque mercredi à 18 heures à partir du 15 juillet, à l’occasion de visites ouvertes à tous. Les dons recueillis permettront de poursuivre la restauration de cette église qui, après des décennies d’oubli, écrit aujourd’hui un nouveau chapitre de son histoire.

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