Vincent Roberti : « Le Tarn-et-Garonne est une pépite »

Vincent Roberti, préfet de Tarn-et-Garonne, avant son départ vers l'organisation des Jeux olympiques d'hiver 2030
Après trois années passées en Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti s'apprête à tourner une page. Dans un entretien accordé au Journal du Jour, le préfet revient sur les projets qui l'ont marqué, les personnalités locales... et livre un regard très personnel sur le département. JDJ
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Après trois années passées à la tête de la préfecture de Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti s’apprête à rejoindre l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030. Loin d’un bilan administratif, l’entretien qu’il nous a accordé dessine surtout le portrait d’un territoire qu’il dit avoir appris à connaître, à comprendre et auquel il s’est profondément attaché.

Lorsqu’il parle du Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti revient souvent à la même idée. Celle d’un territoire qui ne mesure pas toujours lui-même sa valeur. « C’est une pépite », affirme-t-il sans hésiter.

À son arrivée, il connaissait encore peu cette terre du Sud-Ouest qu’il décrit aujourd’hui comme « un très beau département avec un capital important. Un joyau dont il faut construire l’écrin ».

Le tourisme. La culture. Le patrimoine. Autant d’atouts qui, selon lui, donnent au département une place singulière. « On a tout ce qu’il faut ici », estime-t-il. Et même davantage. « C’est un peu le pays du bonheur », ajoute-t-il dans un sourire.

Un département porté par de grands projets

Pour expliquer cette conviction, Vincent Roberti cite spontanément les nombreux projets qu’il a vus émerger ou avancer au cours de son mandat. La future ligne à grande vitesse. Le nouvel hôpital de Montauban. L’extension de l’université. Construction d’une maison médicale. Le projet OcciRail. Ou encore la future plateforme 3S, destinée à réunir sur un même site les services du secours, du soin et de l’accompagnement social afin de mieux orienter les personnes en détresse.

Pour Vincent Roberti, patrimoine, infrastructures, santé ou développement économique participent d’une même dynamique : celle d’un département qui poursuit sa transformation.

Aider les communes à révéler leur potentiel

Mais cette transformation passe aussi par des opérations moins visibles du grand public. Il parle ainsi du travail mené auprès des communes à travers les dispositifs d’ingénierie territoriale de l’État.

« Les élus ont plein d’idées, c’est formidable », observe-t-il. « Ce qui manque parfois, c’est l’accompagnement technique pour les faire aboutir. » Le rôle de l’État consiste alors à accompagner, soutenir, orienter ou débloquer certaines situations.

Plateforme 3S et gens du voyage

Lorsqu’on lui demande quelles réalisations lui procurent aujourd’hui le plus de satisfaction, deux sujets reviennent immédiatement. Le premier concerne la plateforme 3S. Il voit dans cet équipement un outil capable de simplifier le parcours des personnes en difficulté en permettant une meilleure coordination entre les services de secours, de santé et d’accompagnement social. « C’est vraiment quelque chose de très bien », résume-t-il.

L’autre dossier concerne l’accueil des gens du voyage. Sujet sensible dans le département, il estime que le Tarn-et-Garonne a franchi une étape importante sur cette question. « On a fait un bond en avant », affirme-t-il, rappelant qu’à son arrivée le département ne disposait pas encore du schéma d’accueil prévu par la loi. Aujourd’hui, la création ou le développement d’aires d’accueil, de terrains familiaux et d’aires de grand passage ont vu le jour.

« Ce métier se fait sur le terrain et pas dans un bureau »

Au cours de la conversation, une méthode apparaît. Écouter. Diagnostiquer. Comprendre. Discuter. Puis décider. « Ce métier se fait sur le terrain et pas dans le bureau. » Cette approche l’a conduit à multiplier les déplacements, les rencontres. Une proximité qu’il considère comme indispensable pour comprendre les réalités locales avant de prendre des décisions qui auront des conséquences.  « Les décisions ont un impact », rappelle-t-il. « On prend une responsabilité de choix. »

Pour lui, l’autorité ne se limite pas à trancher. Elle implique aussi d’expliquer. « Il faut donner du sens à la décision. » Une conviction qu’il dit avoir appliquée aussi bien dans les dossiers de sécurité que dans les crises agricoles ou les projets d’aménagement. « Du dialogue et de l’écoute sortent quasiment toujours des solutions. » C’est sans doute dans la crise agricole que cette conviction a été la plus éprouvée.

Crise agricole : « Quand ils commencent à se replier sur eux-mêmes, c’est trop tard »

Car parmi les crises qui ont marqué son passage, celle du monde agricole a sans doute été la plus sensible à gérer. Pas seulement pour l’ampleur des mobilisations. Mais parce qu’il y a vu s’exprimer une fatigue profonde, un désespoir nourri par l’accumulation des difficultés climatiques et économiques.

« Les années normales, elles n’existent plus », constate-t-il en évoquant la succession de calamités.  « Quand ils sont en colère, c’est qu’on peut encore agir. Quand ils commencent à se replier sur eux-mêmes, c’est trop tard. »  

Florian Montorio, 17e RGP : les souvenirs qui l’ont marqué

Cette proximité avec le terrain l’a aussi conduit à vivre des moments qu’il n’oubliera pas. Il évoque immédiatement la mort du militaire Florian Montorio, du 17e Régiment du génie parachutiste de Montauban.  « Ça a été un moment extrêmement émouvant, extrêmement dur à vivre », confie-t-il.

À l’inverse, il garde aussi le souvenir de moments plus légers vécus aux côtés des militaires. Il sourit notamment en repensant au parcours du combattant que les militaires lui avaient réservé. Sept kilomètres de course, des franchissements d’obstacles et quelques efforts plus tard, il découvrait ce qui fait la cohésion d’un régiment.

Un autre souvenir lui revient également en mémoire : l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue. Un lieu qu’il ne s’attendait pas à découvrir avec une telle intensité. « C’est un joyau auquel je ne m’attendais pas », confie-t-il.

Un territoire atypique, aux personnalités fortes

À mesure qu’il a découvert le Tarn-et-Garonne, Vincent Roberti a appris qu’il existait plusieurs façons d’être Tarn-et-Garonnais. « Si on n’y vit pas, on ne le mesure pas. »

Ce qui l’a marqué, ce ne sont pas seulement les paysages ou les différences entre les territoires. Ce sont surtout les femmes et les hommes qui les font vivre. « C’est le monde du rugby », résume-t-il. Des gens parfois rugueux au premier abord, mais profondément attachés à leur terre et à leur manière de vivre. Pour le préfet, cette diversité fait partie de l’identité même du département. Une mosaïque qui le rend parfois difficile à résumer, mais qui fait aussi sa richesse. « Une fois la confiance installée, on avance vite ensemble. »

Cathédrale de Montauban : le projet qu’il aurait aimé voir aboutir

S’il y a un sujet qu’il regrette de ne pas voir achevé avant son départ, c’est la réouverture de la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Montauban. Les expertises et les travaux ont nécessité davantage de temps que prévu. « J’aurais aimé être encore là pour son inauguration. » Pour lui, l’édifice constitue bien davantage qu’un monument religieux. Il y voit un symbole de l’histoire de Montauban et l’un des joyaux du patrimoine local. Il assure d’ailleurs qu’il reviendra volontiers le jour où ses portes rouvriront au public. Comme il espère revenir pour l’inauguration de la future gare LGV.

Les Jeux olympiques d’hiver 2030 comme nouveau défi

Dans quelques jours, Vincent Roberti rejoindra le COJOP. Une mission qu’il présente comme un défi exceptionnel. « Travailler pour son pays sur un événement regardé dans le monde entier, cela n’arrive qu’une fois dans une vie. » Avec ce premier poste de préfet, il emporte avec lui une expérience supplémentaire. « Une carte de plus dans un jeu d’expériences », dit-il.  Mais surtout le souvenir d’une terre à laquelle il s’est visiblement attaché.

« Il ne faudrait jamais quitter Montauban »

Avant de conclure l’entretien, une dernière question lui est posée. Dans Les Tontons flingueurs, il est dit qu’il ne faudrait jamais quitter Montauban. Vincent Roberti sourit. « Oui, je suis d’accord. »

Puis, il poursuit. « C’est difficile de quitter Montauban. C’est un département où il y a beaucoup d’affects. Les gens sont très sincères. Ils sont autant authentiques, sincères que rugueux. » Avant d’évoquer Fernand Naudin, le personnage incarné par Lino Ventura, dans lequel il retrouve quelque chose des figures locales aussi différentes que Brigitte Barèges ou Jean-Michel Baylet.  « Et effectivement, il ne faudrait pas quitter Montauban. Mais la vie est ainsi faite qu’il faut parfois la quitter pour revenir dans d’autres circonstances et dans d’autres fonctions. »

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