Il raconte le chemin de Compostelle en peinture : l’artiste chinois Lu Yongzhong en dédicace à Moissac

Œuvre Wèn Lù de Lu Yongzhong représentant Moissac sur le chemin de Compostelle
Dans Wèn Lù, Lu Yongzhong représente notamment Auvillar et Moissac, deux étapes du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. JDJ
Urbin Castel 2026 à Castelsarrasin

Après avoir parcouru à pied plus de 1 000 kilomètres sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’artiste chinois Lu Yongzhong en a fait une œuvre monumentale : deux rouleaux de 21 mètres où paysages, rencontres et souvenirs personnels se mêlent. Il sera à Moissac les samedi 26 et dimanche 27 septembre pour présenter et dédicacer le livre consacré à cette aventure, Wèn Lù – En chemin vers Compostelle.

Il y a des voyages dont on rapporte quelques photographies. Lu Yongzhong, lui, en a rapporté 42 mètres de peinture. Ce voyage passe par Le Puy-en-Velay, traverse les paysages et les villages du chemin de Saint-Jacques et conduit jusqu’à Roncevaux. Mais derrière les couleurs éclatantes de Wèn Lù se cache une histoire beaucoup plus personnelle que celle d’un artiste venu chercher l’inspiration sur les chemins de Compostelle.

Wèn Lù, le chemin de Compostelle sur deux rouleaux de 21 mètres

Wèn Lù pourrait se traduire par « questionner le chemin » ou « demander le chemin ». Lu Yongzhong y déroule le pèlerinage sur deux rouleaux de 21 mètres, peuplés de paysages, de monuments, de pèlerins, d’animaux et de scènes rencontrées en chemin. La nature y tient une place considérable. Des grues traversent le ciel, les coquilles jalonnent la route, les villages et les paysages se succèdent.

L’ensemble frappe aussi par l’abondance des couleurs et des détails. Mais cette profusion n’est pas née dans un atelier à partir de quelques photographies. Pour réaliser son œuvre, Lu Yongzhong a commencé par marcher..

Plus de 1 000 kilomètres sur les chemins de Compostelle

L’aventure débute avec Christine Arsoneau, installée près du Puy-en-Velay et à l’origine du projet. Elle accompagne l’artiste sur les chemins et constitue au fil du voyage une documentation extrêmement précise sur les territoires traversés : paysages, végétation, patrimoine, traditions ou scènes de la vie quotidienne. Puis, en 2015, ils repartent pour Roncevaux et parcourent environ 700 kilomètres à pied. Au total, Christine Arsoneau accompagnera Lu Yongzhong sur plus de 1 000 kilomètres.

Pour l’artiste, cette marche possède cependant une résonance intime. Né en 1970, Lu Yongzhong est victime à quatre ans d’une grave maladie. Une amputation de la jambe est alors envisagée, mais ses parents la refusent. Il restera hospitalisé jusqu’à l’âge de 11 ans. Des années plus tard, lorsqu’il arrive pour la première fois au Puy-en-Velay, la vision des pèlerins portant leurs sacs réveille chez lui un souvenir d’enfance : celui de sa mère qui le portait sur son dos et parcourait ainsi des dizaines de kilomètres. C’est à ce moment-là, raconte-t-il dans le livre, qu’il décide de parcourir le chemin de Compostelle, notamment pour rendre hommage à sa mère et à sa famille.

À Burgos, le voyage de Lu Yongzhong bascule

En 2016, Lu Yongzhong reprend la route depuis Roncevaux avec l’intention de rejoindre Compostelle. Mais après environ 250 kilomètres, son état de santé se dégrade. À Burgos commencent quatre mois d’hospitalisation, plusieurs opérations, un coma puis une longue convalescence. Dans les couloirs de l’hôpital, l’artiste recommence à marcher, quelques pas chaque jour. À travers les grandes baies vitrées, il observe les lignes du paysage et les appelle ses « cordes d’assurance », celles auxquelles il s’accroche pour avancer. Cette épreuve transforme son œuvre. Aux couleurs qui composaient jusque-là Wèn Lù, il ajoute des lignes parcourues de minuscules points verts, rouges et bleus : la terre et la vie, le soleil et la force vitale, le ciel et l’avenir.

Du chemin à l’atelier : cinq jours avant le premier trait

Après le chemin vient le temps de l’atelier. Christine Arsoneau rejoint Lu Yongzhong en Chine avec les photographies et les dossiers constitués au fil des kilomètres. Mais une fois dans son atelier de Jinshan, l’artiste ne dessine pas immédiatement. Pendant cinq jours, il observe les images, consulte ses documents et réfléchit avant de tracer le premier trait.

L’œuvre prend ensuite forme sur du papier Xuan, un papier traditionnel chinois extrêmement fin. Une première esquisse précède le dessin grandeur nature, sa mise en couleurs puis son montage selon une technique chinoise ancienne.

Lu Yongzhong à Moissac les 26 et 27 septembre

Parmi les villes et les paysages représentés dans Wèn Lù figure Moissac, étape majeure du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Lu Yongzhong y rencontrera le public samedi 26 et dimanche 27 septembre, de 10 h à 12 h, à La Casa Di Gina, à l’occasion d’une séance de dédicaces de Wèn Lù – En chemin vers Compostelle.

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Emilie BOTTIN
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