
Des grappes dorées, une belle maturité et une récolte prévisionnelle autour de 1 800 tonnes : le Chasselas de Moissac retrouve des couleurs en 2026. Après plusieurs campagnes bousculées par le gel, les canicules ou le mildiou, la filière savoure enfin une saison presque normale. Sans pour autant baisser la garde.
Cette fois, presque tous les voyants sont au vert. Réunis mardi 25 août au Moulin de Moissac pour le lancement de la campagne 2026, les représentants du Syndicat de Défense du Chasselas de Moissac AOP et plusieurs producteurs ont pu dresser un bilan particulièrement encourageant de ce début de récolte. Aux côtés de Julien Custody, nouveau président du syndicat, Stéphane Lucas, technicien de la filière, est revenu sur une météo qui, pour une fois, a plutôt joué en faveur des chasselatiers.
L’hiver a été pluvieux, le printemps a apporté beaucoup d’eau, puis le ciel s’est dégagé au bon moment. Du soleil, des réserves suffisantes pour alimenter les vignes et, jusqu’ici, pas d’accident climatique majeur. « Tout va bien. Pas de problème pour une fois, c’est le calme plat. » Une phrase presque inhabituelle après les dernières campagnes. Depuis 2020, les producteurs ont dû composer avec les canicules, le gel, le mildiou ou encore les excès d’eau.
Cette année, le résultat est dans les grappes. Le Chasselas est abondant, arrivé à belle maturité et la qualité est au rendez-vous. « Nous sommes très contents et très satisfaits », résume Stéphane Lucas. Reste une habitude que personne n’a perdue : regarder le ciel. La récolte doit encore se poursuivre pendant environ un mois et les risques de grêle suffisent à tempérer l’enthousiasme. « On espère que la chance va nous sourire encore quelques semaines », poursuit le technicien. Dans certaines parcelles disposant de peu de profondeur de sol, les fortes chaleurs ont également limité le calibre des baies et réduit les rendements. Un phénomène qui reste toutefois marginal à l’échelle du vignoble.
Une récolte prévisionnelle autour de 1 800 tonnes
Les premières récoltes destinées à l’AOP catégorie 1 ont commencé dès le 12 août, une précocité particulièrement inhabituelle. Il faut remonter plusieurs décennies pour retrouver des démarrages aussi précoces. Lors de la conférence, il a notamment été rappelé qu’autour de 1947, les premières récoltes avaient débuté dès le 2 août.
Pour 2026, le Syndicat de Défense du Chasselas de Moissac AOP table actuellement sur environ 1 800 tonnes. Une estimation que Julien Custody, président du syndicat depuis le début de l’année, accueille avec satisfaction mais aussi avec prudence. « Nous n’avons pas connu une année normale depuis 2020, entre les canicules, les gels et le mildiou. On reste donc réalistes. » La comparaison avec les dernières campagnes donne la mesure de cette amélioration. La production AOP s’était établie à 1 729 tonnes en 2025, contre 1 832 tonnes en 2024.
Le Chasselas de Moissac AOP fête ses 30 ans et évolue
2026 marque un double anniversaire : les 30 ans de l’AOP et les 55 ans de l’AOC du Chasselas de Moissac, première AOC française attribuée à un fruit frais en 1971. Un anniversaire qui s’accompagne de changements. Depuis le 25 mars, un nouveau cahier des charges adapte notamment certaines pratiques culturales et les conditions de production. Le désherbage chimique dans l’inter-rang est désormais interdit, tandis que le conditionnement directement à la vigne devient possible sous certaines conditions.Mais derrière les 30 bougies, les chiffres rappellent aussi la fragilité de la filière : 146 producteurs sont aujourd’hui engagés dans l’AOP, sur 303 hectares, avec des effectifs et des surfaces en recul depuis plusieurs années.
Le Chasselas veut retrouver de la visibilité dans les magasins
Produire un beau raisin ne suffit cependant pas. Encore faut-il parvenir à le vendre et à lui redonner de la visibilité auprès des consommateurs. La bataille s’est donc aussi jouée cet hiver, loin des vignes. Le syndicat a rencontré plusieurs grands acteurs de la distribution pour préparer davantage en amont la commercialisation de la récolte 2026. « Nous avons fait du bon boulot, nous avons de bons retours. Globalement, les leaders de la grande distribution nous suivent », explique Stéphane Lucas.
Le démarrage se fait progressivement, mais le Chasselas devrait gagner en visibilité sur les étals à partir de la première semaine de septembre, avec des opérations préparées auprès de certaines enseignes. L’enjeu est désormais de transformer la qualité annoncée dans les vignes en réussite commerciale. « Le raisin est de qualité, on ne va pas décevoir le consommateur », assure Julien Custody. Pas question pour autant de vendre la peau de l’ours avant la fin de la récolte : « On n’est pas une usine. On travaille au jour le jour, il faut rester humble. »
Une nouvelle campagne pour les 30 ans de l’AOP : « 30 raisons d’aimer le raisin »
Le trentième anniversaire de l’AOP sera également visible auprès du grand public. Après avoir beaucoup communiqué ces dernières années autour des femmes et des hommes qui produisent le Chasselas, la nouvelle campagne remet davantage le raisin lui-même au centre de l’image.
Sous le slogan « 30 raisons d’aimer le raisin », cinq visuels déclinent ses caractéristiques : doré, fait main, français, gourmand ou encore juteux. La campagne adopte volontairement une identité plus colorée et contemporaine. Le Chasselas sera par ailleurs servi à Toulouse lors du Grand Banquet et retrouvera une place centrale à Moissac lors de la fête des Fruits & Saveurs, les 12 et 13 septembre. Cette 35e édition réunira notamment 51 stands. Pour la première fois, le public pourra également acheter des fruits lors de la manifestation, tandis que les rendez-vous traditionnels autour du Chasselas seront maintenus.
Le raisin sans pépins pour préparer l’avenir de la filière
C’est dans ce contexte qu’une autre évolution prend tout son sens. Créée en 2025, RSO, pour Raisins du Sud-Ouest, doit permettre de structurer plus largement la production de raisin de table du territoire. Le Chasselas reste au cœur de son identité, mais de nouvelles variétés sont désormais cultivées localement, notamment pour répondre à la progression de la demande en raisins sans pépins.
Une évolution qui ne va pas sans contraintes. Contrairement à certaines variétés historiques libres de droits, de nombreuses variétés modernes appartiennent à des obtenteurs internationaux. Leur exploitation peut nécessiter le paiement de droits sur les plants, les surfaces cultivées ou la production, tandis que leur inscription au catalogue représente elle aussi un coût.Pour la filière locale, l’enjeu dépasse donc la simple diversification : il s’agit de conserver sur le territoire les producteurs, les compétences et les moyens nécessaires à la production de raisin de table, alors que les habitudes de consommation évoluent.
La campagne 2026 commence donc avec des raisons d’être optimiste. Mais après plusieurs années où gels, excès d’eau, maladies et canicules ont successivement rappelé la fragilité de la production, la filière a appris à ne plus regarder une belle récolte comme une certitude.
Il reste encore plusieurs semaines avant que les dernières grappes ne quittent les vignes. Pour l’instant, elles sont là, abondantes et de qualité. Et après les dernières campagnes, c’est déjà une bonne nouvelle.
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