Colère agricole : « Mettre fin aux deux poids deux mesures », promet Sébastien Lecornu

Mobilisation des agriculteurs le point du samedi 27 janvier Tarn et Garonne
Crédit photo JDJ
natura-baies.com

À la veille de nouvelles rencontres avec les syndicats agricoles, le Premier ministre Sébastien Lecornu a publié, dimanche 4 janvier, une lettre ouverte aux agriculteurs.

Un texte long, volontairement direct, dans lequel il reconnaît un malaise profond et annonce un durcissement de la position de l’État, notamment vis-à-vis de l’Europe. D’entrée, le ton est donné : « Je ne vous écris pas pour vous rassurer, mais pour vous dire les choses clairement. »

« Un sentiment d’injustice profonde »

Le Premier ministre reconnaît ce que beaucoup d’agriculteurs dénoncent depuis des années : une accumulation de règles, souvent ressenties comme déconnectées du terrain. « Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d’une injustice profonde, celui d’un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens. »

Une lettre écrite dans l’urgence, alors que la colère agricole ne retombe pas, particulièrement chez les éleveurs directement touchés par la dermatose nodulaire contagieuse.

La dermatose nodulaire, au cœur de la colère

C’est l’un des points centraux du texte, et l’un des moteurs des mobilisations récentes. Le Premier ministre évoque explicitement cette épizootie qui fragilise les élevages et les exploitations. « Face aux crises, l’État a répondu systématiquement et continuera à le faire », écrit-il, citant la dermatose nodulaire parmi les situations ayant nécessité « vaccination massive, indemnisations rapides, fonds d’urgence et soutiens mobilisés ».

Il assure également que le gouvernement donnera « tous les moyens nécessaires » pour adapter les protocoles sanitaires après vaccination et garantir l’exportation du bétail concerné. Un signal attendu par les éleveurs, pour qui cette crise dépasse la seule question sanitaire et engage la viabilité économique des exploitations.

Importations et Mercosur : une rupture avec les “deux poids, deux mesures”

Autre point de crispation majeur : la concurrence internationale. Sébastien Lecornu promet une rupture avec les “deux poids, deux mesures, notamment sur les produits importés. « Il n’est plus acceptable que l’on tolère la présence de substances interdites en France dans les produits importés qui entrent sur notre marché. »

Des arrêtés doivent être pris pour suspendre certaines importations en provenance d’Amérique du Sud contenant des résidus de substances interdites en Europe. Le Premier ministre affirme également que les contrôles aux frontières et sur le territoire seront renforcés, et prévient : « Le principe sera simple : les mêmes normes pour tous, les mêmes contrôles pour tous. » Dans ce contexte, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, très contesté par la profession, est clairement visé. Le chef du gouvernement assure que ces accords seront combattus « chaque fois qu’ils seront déséquilibrés ».

Eau, règles européennes et “retour au terrain”

La lettre aborde également l’accès à l’eau, autre sujet sensible pour le monde agricole. Sébastien Lecornu annonce avoir demandé aux préfets de recenser les projets locaux aujourd’hui bloqués ou ralentis, et promet un triplement du fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles.

Sur le plan européen, il réaffirme que le budget de la PAC ne baissera pas et qu’il n’y aura « pas un centime de moins pour le revenu agricole ». Il plaide pour des règles « justes et proportionnées », appelant à sortir des logiques idéologiques pour revenir à des solutions adaptées au terrain.

Une lettre avant les actes

Le Premier ministre ne demande pas un crédit de confiance aveugle. « Je ne vous demande pas de croire à des mots, mais de regarder les actes », écrit-il, promettant la publication rapide de décrets et d’arrêtés.

Reste désormais à voir comment ces annonces se traduiront concrètement, alors que les syndicats agricoles sont reçus à Matignon et que la mobilisation pourrait reprendre sur les routes et dans les campagnes.
Une chose est certaine : cette lettre marque un moment politique, écrit sous la pression d’un terrain agricole à bout, où la crise sanitaire, la concurrence internationale et l’accumulation des contraintes se rejoignent.

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Emilie BOTTIN
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