
Ils approvisionnent des stocks, organisent des transports, gèrent des véhicules, servent des repas et rencontrent parfois les mêmes problématiques logistiques. À la caserne Guibert de Montauban, le Groupement de soutien commissariat de Montauban a réuni onze chefs d’entreprise et représentants de la grande distribution pour confronter les pratiques du monde militaire à celles du privé dans le domaine de la logistique et de la supply chain.
À première vue, le quotidien d’un responsable de la grande distribution et celui d’un militaire chargé du soutien des armées semblent assez éloignés. Pourtant, lorsqu’il est question de gérer des stocks, d’habiller et de nourrir plusieurs milliers de personnes, d’organiser des transports ou de faire circuler des marchandises, les problématiques commencent sérieusement à se rapprocher. C’est précisément ce constat qui a conduit onze chefs d’entreprise et représentants de la grande distribution du bassin montalbanais à franchir les portes de la caserne Guibert, à Montauban. Une rencontre organisée par Wilfried Lagarde avec un double objectif : ouvrir davantage le monde militaire sur son environnement civil et faire connaître les missions du Service du commissariat des armées (SCA). « Pourquoi rencontrer des dirigeants ? Parce que nous avons des points communs », leur a expliqué le commissaire en chef Ibert, chef du Groupement de soutien commissariat de Montauban.
Armée et grande distribution : des défis logistiques communs
Devant les dirigeants réunis dans une salle de la caserne, le commissaire en chef Ibert a rapidement établi le parallèle. « Au SCA, on délivre des marchandises dans le domaine de l’habillement et de l’alimentaire. On approvisionne en stock, on distribue. Les défis que nous devons relever sont sans doute similaires aux vôtres ». Derrière cette rencontre se trouve donc aussi une volonté de partager expériences et bonnes pratiques entre le monde économique et le monde militaire. Car le soutien des armées recouvre un champ beaucoup plus vaste que la seule logistique. Le SCA intervient notamment dans l’alimentation, l’habillement, l’hébergement, la gestion administrative, la gestion d’un parc de véhicules de la gamme commerciale. Des métiers qui ont parfois leurs équivalents directs dans le civil. « Nous avons des cuisiniers qui font le même travail que ceux des collectivités», a notamment rappelé le chef de groupement.

5 700 personnes soutenues depuis Montauban
Wilfried Lagarde est ensuite entré dans les chiffres. Le groupement assure en permanence le soutien de 5 700 personnes, parmi lesquelles quelque 3 500 militaires, 500 réservistes et 1 600 stagiaires. Pour assurer ces missions, environ 200 personnes travaillent au sein du dispositif, avec une répartition de 60 % de militaires et 40 % de personnels civils. Le périmètre couvre notamment le 17e régiment du génie parachutiste, le 31e régiment du génie, le 9e RSAM, le 3e RMAT, 11 RPIE, le CIEC et plusieurs organismes de formation. Selon les sites et les unités, les besoins diffèrent.
Trois millions de kilomètres parcourus en 2025
Le transport donne une idée de l’ampleur du dispositif. Le parc compte 165 voitures, auxquelles s’ajoutent d’autres moyens de déplacement, des navettes jusqu’aux solutions de mobilité douce comme les vélos, trottinettes et triporteurs électriques. Des boîtiers télématiques et des systèmes de boîtes à clés permettent notamment de gérer la disponibilité et la récupération des véhicules. En 2025, trois millions de kilomètres ont ainsi été parcourus. Même logique pour le carburant. Plusieurs installations permettent de maintenir les capacités d’approvisionnement des unités, avec un impératif particulier : conserver un stock stratégique mobilisable en cas de crise. En 2025, quelque 800 m³ de carburant ont été délivrés, pour une dépense annoncée de 630 000 euros.
700 000 repas servis aux militaires en 2025
Autre chiffre qui n’a probablement pas échappé aux professionnels de la distribution présents : 700 000 repas ont été servis en 2025. Le dispositif comprend notamment trois restaurants fonctionnant avec du personnel militaire, au 17e RGP, au 31e RG et à Caylus, auxquels s’ajoutent des prestations externalisées sur d’autres sites. Et lorsque les militaires quittent les restaurants pour partir en exercice, la logistique continue : 45 000 rations opérationnelles ont été distribuées au cours de la même année pour les entraînements des forces armées. L’habillement fonctionne lui aussi comme une véritable chaîne logistique. Les effets sont approvisionnés depuis plusieurs établissements spécialisés et certains, comme les treillis, peuvent être commandés à distance par les militaires via une application avant d’être acheminés.
Défense Mobilité : des passerelles vers l’emploi civil
La rencontre a ensuite pris une autre direction avec la présentation de Défense Mobilité, le service chargé notamment d’accompagner les militaires vers une seconde carrière dans le civil. Et cette fois, le lien avec les chefs d’entreprise présents était direct. « On a envie de rayonner et de vous exposer nos profils », a expliqué le capitaine Lopez. L’objectif est notamment de mieux faire connaître aux employeurs les compétences acquises au cours d’une carrière militaire. Management, conduite d’équipe, gestion du stress, capacité d’adaptation, rigueur ou expérience acquise en environnement opérationnel : autant de savoir-faire susceptibles d’être transposés dans une entreprise.
Défense Mobilité accompagne actuellement environ 400 dossiers de militaires, ainsi qu’une vingtaine de conjoints. L’emploi de ces derniers constitue d’ailleurs un enjeu particulier : faciliter leur insertion professionnelle peut contribuer à permettre au militaire de rester dans l’institution malgré les changements d’affectation. Pour ceux qui quittent définitivement les armées, des formations professionnelles de six à dix mois peuvent également être proposées. Le dispositif présenté aux entreprises fait état de 52 formations professionnelles et d’un taux de réussite de 98 %.

Au 17e RGP, les dirigeants découvrent le Serval
Après les présentations, la rencontre s’est poursuivie sur le terrain, au 17e régiment du génie parachutiste, où les onze représentants du monde économique ont été accueillis par son chef de corps, le colonel Jérémy Akil. « J’ai accepté avec grand plaisir. Je considère qu’il existe des parallèles entre le monde civil et militaire. Dans beaucoup de domaines on se rejoints », leur a-t-il expliqué. Les visiteurs ont ensuite découvert une salle de collections du régiment, rencontré Roccia, sa mascotte, avant de pouvoir approcher un Serval et d’en découvrir le fonctionnement. Après les chiffres, les stocks et les problématiques de recrutement, cette dernière étape permettait aussi aux dirigeants invités de découvrir l’environnement de ceux avec lesquels ils venaient, quelques heures plus tôt, de comparer leurs métiers.
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