Romain Lopez, maire de Moissac : « La mairie, c’est un apprentissage de chaque jour »

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Romain LOPEZ bilan mandat Moissac
Entre les réalisations et les souvenirs personnels, Romain Lopez raconte cinq ans d’engagement à la tête de sa ville natale. Crédit photo Ville de Moissac
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Dans son bureau de l’hôtel de ville, Romain Lopez s’installe face à nous. Le ton est posé, mais les mots traduisent une certitude : ce mandat, il l’a vécu comme un apprentissage quotidien.

À 31 ans seulement, lorsqu’il revêt pour la première fois l’écharpe tricolore, Romain Lopez mesure immédiatement le poids de sa mission. « Le jour où mon nom a été égrené au conseil municipal, j’ai senti la responsabilité s’abattre sur mes épaules », confie-t-il. Cinq ans plus tard, le maire de Moissac dresse un bilan marqué par la volonté de rendre la ville plus sûre, plus belle et plus attentive à ses habitants.

« Un apprentissage de chaque jour » — Romain Lopez

Quand on lui demande de résumer son mandat en une image, Romain Lopez choisit celle d’un cheminement : « un apprentissage de chaque jour ». D’abord parce qu’il a fallu apprivoiser la fonction, diriger une équipe de 27 élus et plus de 300 agents municipaux, lui qui « ne gérait jusque-là que [lui]-même ». Mais aussi parce que, derrière les dossiers, il y a surtout des visages : « mes administrés, mes collègues, mes agents… et cette nécessité d’apprendre à trancher, parfois face à des gens qui me connaissent depuis l’enfance. »

Entre « Romain » et le « maire », il a fallu tracer une frontière nette. « On m’a vu grandir ici, avec une mère et une grand-mère employées à la mairie. Il a fallu rappeler que je suis aujourd’hui maire, et que mes décisions doivent être impartiales. »

Sécurité et tranquillité publique, fils rouges du mandat

Parmi ses priorités, la tranquillité publique tient une place centrale. « Il n’y a pas un objectif, mais il y a plusieurs engagements que l’on synthétise dans des axiomes. Il y avait la tranquillité publique. L’embellissement de la ville. Et la sécurité. » Pas de grande criminalité, mais le quotidien des Moissagais : nuisances, tapages nocturnes, incivilités.  

Renforcement de la police municipale, extension du réseau de caméras de vidéoprotection, arrêtés municipaux pour encadrer les attroupements ou responsabiliser les parents de mineurs délinquants : autant de mesures qui, selon lui, ont produit des résultats tangibles.

« Nous avons constaté une baisse de 17 % des tapages nocturnes et de 4 % des atteintes aux biens entre 2023 et 2024 », souligne le maire, chiffres de la gendarmerie à l’appui. Derrière ces chiffres, se cache la volonté d’offrir à chacun la sérénité dans son quotidien, un « combat de tous les jours. » Au-delà de la statistique, il insiste sur la collaboration avec la gendarmerie nationale, rendue possible par une convention de coordination et un partage d’informations. « Les caméras, ça coûte cher, mais ça profite aussi aux enquêtes d’État. »

Pas de grand projet, mais des « petits ruisseaux »

Contrairement à d’autres communes qui misent sur un projet phare, Moissac a choisi une stratégie des « petits ruisseaux ». La politique conduite a privilégié la qualité de vie à travers de nombreux petits projets. Rues rénovées, squares et berges réaménagés, voiries rurales et urbaines entretenues, patrimoine préservé, création de services pour tous les âges : deux crèches, une ludothèque, un centre de loisirs pour ados, bientôt un point jeunes.

Autant d’initiatives pensées pour que chaque quartier, même les plus oubliés des touristes, deviennent des lieux agréables à vivre. « Nous avons voulu regarder ceux que l’on ne regardait plus », affirme Romain Lopez, soulignant l’effort consenti dans les zones les plus fragilisées de la commune. Il assume d’avoir mis de l’argent « là où les touristes ne passent pas », dans les quartiers populaires, où « le seul horizon, c’est le bout de la rue ».

Le cloître, symbole d’une ville qui veut préserver son identité

Un seul chantier, tout de même, dépasse la logique du quotidien : la sauvegarde du cloître, « vitrine identitaire de Moissac », dont la restauration s’étendra jusqu’en 2040 pour un budget de près de 6 millions d’euros « absolument indispensable si l’on veut que Moissac tienne le rang de ville reconnue universellement par l’UNESCO.»

 « Notre présence ne plaît pas à tout le monde. »

Tout n’a pas été simple. L’élu évoque des « bâtons dans les roues » venus, selon lui, de certains services de l’État, de la Région ou du Département. « Il y a beaucoup de cailloux qui sont jetés sur notre chemin parce qu’effectivement notre présence ne plaît pas à tout le monde. » Mais, dit-il, cette adversité le renforce : « Plus vous nous embêtez, plus vous renforcez nos convictions et notre détermination. »

Et puis, il y a les épreuves humaines. Le maire raconte, la voix légèrement plus basse, le jour où il a dû annoncer à des parents la mort de leur enfant. « On n’y est jamais préparé. J’ai compris ce que voulait dire mon prédécesseur, quand il m’avait confié : je ne vous souhaite pas de vivre ça. »

Derrière l’écharpe, un père

Lorsqu’il quitte son bureau, Romain Lopez redevient avant tout père. « Voir le sourire de mes enfants, c’est la plus belle des choses évidemment. Les voir heureux… maire, je suis de passage, père, j’espère l’être jusqu’à mon dernier soupir », confie-t-il.

Ses plaisirs simples ? Lire quelques pages de littérature ou d’histoire avant de s’endormir. « La lecture est pour moi un carburant indispensable. J’entame la lecture d’un ouvrage sur Philippe Auguste. Un bel ouvrage qui nous rappelle que l’histoire de France fut belle et j’espère qu’elle le sera encore plus… »

Une filiation politique assumée, un amour profond pour l’histoire

Parmi les figures qui ont marqué son parcours politique, Romain Lopez évoque sans détours Jean-Marie Le Pen, qu’il qualifie d’« homme courageux » dont il « assume pleinement » l’influence, malgré « l’absence de consensus » autour de sa personne. « Il fait partie de ces hommes politiques qui ont éveillé l’envie en moi, de m’investir pour le bien commun et contre la bien-pensance et cette caste bourgeoise qui ne cesse de faire du mal à notre pays pour garder son pré carré », confie-t-il avec franchise. Pourtant, au-delà de cette filiation revendiquée, c’est surtout sa passion pour l’histoire de France, vaste et plurielle, qui dessine son identité : un amour profond pour les grandes époques et les figures qui ont forgé le pays, plus que pour un héritage politique unique.

« Le maire passe, la mairie reste »

À l’heure où son mandat touche à sa fin, il porte un regard lucide sur l’éphémère mémoire politique. « Dans dix ans, plus personne ne se souviendra de moi », confesse-t-il sans amertume, conscient de la nature passagère de son rôle. Mais celle qui demeure à travers les actions concrètes, les améliorations du quotidien et la restauration d’une fierté partagée pour Moissac, voilà le véritable héritage qu’il espère transmettre. Son ultime conseil au futur maire est limpide : « La mairie reste, nous ne sommes que de passage. »

Reste encore à tenir jusqu’au bout. « Nous devons continuer ce pourquoi nous avons été élus jusqu’au bout, sans fléchir et en continuant sur un seul objectif : tenir nos engagements. »

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EBO
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