
Avec 614 élèves en moins et 20 classes fermées, la rentrée 2026 s’inscrit dans une baisse démographique durable.
La scène est presque devenue familière. Une carte scolaire qui tombe, des chiffres qui inquiètent, des élus qui montent au créneau. Mais cette année, derrière les fermetures annoncées, un autre phénomène s’impose, plus silencieux : la baisse continue du nombre d’élèves.
À quelques jours du Conseil départemental de l’Éducation nationale (CDEN), le directeur académique, Cyril Le Normand, a tenu à poser le décor. Et à répondre, en creux, aux critiques. « On a parlé de saignée, de purge… il ne faut pas exagérer », insiste-t-il.
20 classes fermées et des postes supprimés
Les chiffres, eux, sont bien là. Dans le premier degré public, 614 élèves en moins sont attendus à la rentrée 2026, soit -3 %, un chiffre au-dessus de la moyenne académique (2,4%). Conséquence : 13 postes supprimés.
Dans le second degré, la baisse se poursuit avec 379 élèves en moins, dont 210 en collège. Cela se traduit par 18 équivalents temps plein supprimés, malgré 7 créations de postes.
Côté structures : 5 classes ferment dans les collèges (8 fermetures pour 3 ouvertures), 5 classes ferment également dans les lycées. Au total, 20 classes devraient fermer dans le département. Dans le même temps, certains moyens évoluent : création d’un poste d’assistante sociale et pérennisation d’un poste d’infirmière jusque-là provisoire.
Un encadrement qui continue de s’améliorer
C’est le cœur du message porté par le DASEN. Malgré les suppressions, le taux d’encadrement progresse. Le nombre d’enseignants pour 100 élèves passera de 6,16 à 6,29 à la rentrée.
Même tendance pour le nombre d’élèves par classe, en baisse constante ces dernières années, avec peu d’écoles dépassant les 26 élèves par classe. « Si on suivait strictement la baisse démographique, on aurait supprimé 38 postes. On en retire 13 », souligne le DASEN. Autrement dit, la diminution des moyens reste inférieure à celle des effectifs.
Dans le même temps, plusieurs dispositifs sont renforcés : ouverture d’un DITEP (dispositif d’institut thérapeutique éducatif et pédagogique) à Castelsarrasin, développement de l’accompagnement des élèves en difficulté, maintien de moyens dédiés aux groupes de besoins au collège.
Un territoire contrasté à équilibrer
Le Tarn-et-Garonne se caractérise par une forte disparité territoriale. Sur 207 écoles, 27 n’ont qu’une seule classe, et une grande majorité en compte moins de trois.
Une réalité qui complique les décisions. « Les parents regardent leur école. Moi, je dois regarder l’ensemble du département », rappelle Cyril Le Normand.
Dans certaines communes, des classes tournent autour de 16 élèves. Dans d’autres, les seuils sont plus élevés. L’enjeu, pour l’administration, reste de maintenir un équilibre entre territoires. « La question, c’est l’équité territoriale », insiste le directeur d’académie.
Une baisse démographique durable
Au-delà de la rentrée 2026, c’est une tendance lourde qui s’impose. Depuis 2014, le département a déjà perdu près de 7 000 élèves. Et les projections annoncent encore plus de 3 400 élèves en moins dans le premier degré d’ici 2035, et près de 3 900 dans le second degré. « C’est comme si on rayait deux circonscriptions scolaires de la carte », résume le DASEN.
La cause ? Un solde naturel désormais négatif : plus de décès que de naissances. Et une croissance démographique qui repose surtout sur des populations sans enfants.
Le privé aussi concerné
Contrairement à certaines idées reçues, l’enseignement privé n’échappe pas à la baisse démographique. Ses effectifs diminuent également, mais légèrement moins rapidement. Une évolution qui pourrait mécaniquement augmenter sa part dans le département, aujourd’hui autour de 20 %.
Niveau scolaire : un défi assumé
Autre enjeu majeur : le niveau des élèves. Le Tarn-et-Garonne reste en retrait par rapport aux attendus nationaux, malgré un indice social global (IPS) proche de la moyenne française. « Mon objectif, c’est qu’on soit dans les clous du taux attendu », insiste le DASEN.
Des signaux positifs apparaissent toutefois avec une amélioration des résultats sur les deux dernières années et les premiers effets des politiques de formation. « Il faut qu’on trouve les clés », ajoute-t-il.
Éducation prioritaire : une carte à revoir
Le DASEN pointe aussi une incohérence territoriale. Certains collèges, comme Flamens à Castelsarrasin ou Ingres à Montauban, présentent des profils sociaux fragiles sans être classés en éducation prioritaire. À l’inverse, Moissac, avec l’IPS le plus bas, bénéficie déjà de ce classement. « Il faut revoir la carte de l’éducation prioritaire », estime-t-il. Une évolution qui dépend des communes, via le classement en quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Réorganiser le système pour l’avenir
Face à ces mutations, l’Éducation nationale prépare une transformation plus profonde.
Réduction du nombre de circonscriptions, redéploiement des moyens, renforcement du pilotage pédagogique… Une stratégie assumée. « Je proposerai ce qui est juste par rapport au territoire », affirme Cyril Le Normand. « Mes prédécesseurs ont essayé beaucoup de choses. Je veux que le département s’améliore. Il faut oser. »
Sur le terrain, les difficultés restent réelles. Le remplacement des enseignants demeure fragile, avec une soixantaine de classes non remplacées l’an dernier. Certaines disciplines, comme le français et les mathématiques, peinent à recruter.
« Mon intérêt, c’est la réussite des élèves qui me sont confiés »
Mais le département s’appuie aussi sur des initiatives comme le développement des classes défense, le succès des Petits champions de la lecture ou encore le concours départemental sur l’égalité filles-garçons. « Mon intérêt, c’est la réussite des élèves qui me sont confiés », insiste le DASEN. Autant d’éléments qui traduisent une volonté d’adaptation du système, au-delà des seuls chiffres de la carte scolaire.
Comment adapter l’école à un territoire qui change ?
Entre baisse démographique, contraintes budgétaires et attentes des territoires, la rentrée 2026 s’annonce comme un exercice d’équilibre.
Pour l’Éducation nationale, l’enjeu est clair : adapter le système sans dégrader les conditions d’apprentissage. « Ce n’est pas une saignée », répète le DASEN. Reste que, derrière les moyennes, chaque école vit la réforme à sa manière. Et que la question demeure : comment adapter l’école à un territoire qui change ?
Réponse, en partie, lors du CDEN prévu mercredi.
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