
La centrale nucléaire de Golfech accélère sa candidature pour accueillir deux réacteurs EPR2. Mobilisation politique, enjeu industriel et urgence du calendrier : la décision tombera fin 2026.
À Valence d’Agen, vendredi 20 février, l’heure n’était pas aux symboles, mais à la stratégie. Autour des préfets, des élus régionaux et départementaux, des chambres consulaires et des acteurs économiques, un comité stratégique a officiellement été installé pour porter la candidature de Golfech à l’accueil de deux réacteurs nucléaires EPR2.
Objectif : convaincre l’État d’ici fin 2026 que le site tarn-et-garonnais est prêt.
Une candidature inscrite dans la relance nationale du nucléaire
La démarche s’inscrit dans la relance du programme nucléaire annoncée par le président de la République à Belfort en 2022 et confirmée par la loi du 22 juin 2023 dite “Nouveau Nucléaire”. Après une première série de six EPR2 engagée sur trois sites, huit réacteurs supplémentaires doivent être attribués d’ici à la fin de l’année 2026.
Golfech espère en obtenir deux. « Ce n’est pas un moment anecdotique », a insisté le préfet de la région Occitanie, Pierre-André Durand, en ouverture. « Il faut prendre la mesure stratégique de cette rencontre. » Au-delà de l’enjeu énergétique, l’État met en avant la souveraineté, la décarbonation et la réindustrialisation. Le nucléaire, rappelle-t-il, n’est pas seulement une question de production d’électricité, mais un levier industriel et territorial.
Un territoire qui affiche ses atouts
Golfech ne part pas de zéro. À l’origine, la centrale avait été conçue pour quatre réacteurs. Deux seulement ont été construits. Un argument central dans la candidature. « À l’origine, c’était prévu pour quatre tranches », a rappelé Jean-Michel Baylet. « Les fondations ont été faites pour cela. Nous disposons des réserves foncières et de la capacité à accueillir un projet d’ampleur. »
Mais au-delà du foncier, les défenseurs du dossier insistent sur l’écosystème existant : un tissu industriel structuré, une expérience du grand carénage, un bassin d’emploi qualifié et une mobilisation politique rare. Soixante-seize collectivités ont déjà délibéré favorablement, aux côtés de plus de deux cents acteurs économiques.
Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu : jusqu’à 10 000 à 12 000 emplois au pic du chantier, puis environ 1 500 emplois directs à l’exploitation. Pour Pascal Roux, président de la Chambre de commerce et d’industrie, l’effet d’entraînement serait majeur. « Un emploi industriel de cette nature génère un à deux emplois supplémentaires autour. C’est un levier d’élévation globale pour notre territoire. »
Se structurer pour aller vite
Mais l’enthousiasme ne suffira pas.
Vincent Roberti, préfet de Tarn-et-Garonne, a posé le cadre avec clarté : « Nous avons un écosystème favorable, mais cela ne suffit pas. Il faut se coordonner, se mobiliser et surtout se structurer pour présenter un dossier fin prêt. »
L’objectif est clair : produire d’ici à l’été des diagnostics précis, identifier les investissements nécessaires et formaliser des engagements concrets. Le calendrier est serré.
La question sensible de l’eau
Impossible d’éluder la question de la ressource en eau. Dans un contexte de changement climatique, le sujet est central.
Les porteurs du projet rappellent que les centrales restituent l’essentiel de l’eau utilisée pour le refroidissement et que des solutions techniques existent pour limiter l’impact thermique. Des dispositifs comparables ont été mis en place ailleurs.
Le monde agricole, directement concerné, a apporté son soutien tout en soulignant les équilibres à préserver. « L’agriculture et le nucléaire ont des parallélismes stratégiques », a déclaré Jean-Philippe Viguié, président de la Chambre d’agriculture. « Nos deux secteurs ont besoin de visibilité et d’investissement. » Un travail spécifique sera mené pour anticiper les usages et éviter les tensions futures.
“C’est un combat”
En fin de réunion, Jean-Michel Baylet a donné le ton. « On doit être opérationnels et rapides. C’est un combat. Il ne doit pas y avoir de fioritures. »
Le mot est lâché. Combat pour convaincre l’État. Combat pour démontrer la capacité du territoire à absorber un chantier d’une telle ampleur. Combat, aussi, pour s’imposer face aux autres sites candidats.
En conclusion de la réunion, le préfet de région Pierre-André Durand a insisté sur l’urgence. « Ce collectif que vous avez formé doit tenir. Je suis impressionné par votre mobilisation, mais il faut aller extrêmement vite. » Avant d’ajouter : « Quand on fait la somme des atouts du territoire, vous êtes bien placés. Alors faites un beau dossier. »
La conclusion est revenue à Jean-Michel Baylet, qui a résumé l’esprit du moment en trois mots : « Cohésion, solidarité, volonté d’être rassemblés. » Avec un souhait : « Espérer ne pas avoir trop de complexités administratives. »
La décision finale appartient désormais à l’État. D’ici là, Golfech doit transformer l’unité affichée en dossier irréprochable.
Comme l’a résumé Pierre-André Durand : « Le point d’arrivée, c’est l’été. Et l’été, c’est demain. »
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