
Les rangs s’éclaircissent, les anciens disparaissent et la relève se fait attendre. En Tarn-et-Garonne, les associations patriotiques peinent à attirer de nouveaux adhérents, malgré la présence de nombreux militaires dans le département. Éric Guichard, président de l’Association des anciens combattants des missions extérieures (ADACME), tire la sonnette d’alarme. Derrière la question des porte-drapeaux, c’est aussi l’avenir de la solidarité entre anciens combattants qui se joue.
À chaque cérémonie patriotique, ils sont là. Drapeau à la main, parfois malgré les années qui pèsent, ils accompagnent les hommages rendus aux soldats morts pour la France. Leur présence semble aller de soi. Pourtant, une question commence à inquiéter ceux qui font vivre ces associations : qui prendra leur place demain ?
Le président de l’ADACME ne cache pas son inquiétude. Au fil des années, il voit les effectifs diminuer et les générations se succéder sans que les nouveaux adhérents arrivent en nombre suffisant. « Le constat est évident vis-à-vis de toutes les associations patriotiques. On a un manque de volontaires qui n’adhèrent plus au sein des associations patriotiques. Et ça devient un gros problème avec le vieillissement de nos adhérents », explique-t-il.
De 180 à 85 adhérents : des rangs qui s’éclaircissent
Dans sa propre association, les chiffres parlent. En 2018-2019, l’ADACME comptait environ 180 adhérents. Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’environ 85. Une diminution qui s’explique notamment par la disparition progressive des générations les plus anciennes. Parmi les membres de l’association, il ne reste désormais que trois vétérans de la guerre d’Indochine. Certaines années ont été particulièrement difficiles, avec onze, voire treize décès parmi ces anciens combattants. Ces hommes avaient parfois traversé plusieurs conflits, de l’Indochine à l’Algérie. Puis sont venues les générations engagées dans les opérations extérieures, notamment au Tchad, avant celles qui ont connu les Balkans, l’Afghanistan ou le Mali. Mais ces anciens militaires plus jeunes ne rejoignent pas nécessairement les associations une fois leur carrière terminée. « On a du mal à aller les récupérer pour venir compléter les rangs des associations patriotiques », regrette Éric Guichard.
Pourquoi les nouvelles générations ne rejoignent-elles pas les associations patriotiques?
Plusieurs obstacles semblent freiner ce renouvellement. D’abord, la difficulté de rencontrer les militaires. Les associations ne bénéficient plus des mêmes possibilités qu’autrefois pour se présenter au sein des régiments. Les contacts se font essentiellement à l’occasion des cérémonies, où les militaires en activité ne se sentent pas toujours concernés par la vie associative des anciens combattants.
À cela s’ajoutent les contraintes financières. Entre les amicales régimentaires, les associations liées aux décorations et les autres engagements, les cotisations peuvent finir par représenter un budget important. Éric Guichard appartient lui-même à neuf associations et indique y consacrer plus de 250 euros par an. Mais le manque d’adhésion ne traduit pas nécessairement un désintérêt pour le monde combattant. La transition entre la vie militaire et la vie civile peut aussi expliquer cet éloignement.
Après avoir quitté l’institution, certains doivent retrouver un emploi, reconstruire leurs repères et consacrer du temps à leur famille. L’engagement associatif ne figure pas forcément parmi leurs premières préoccupations. « C’est comme si on nous arrachait d’une famille, parce que l’armée, c’est une famille », confie le président de l’ADACME en évoquant cette rupture parfois difficile. Ce besoin de prendre du recul est compréhensible. Reste l’espoir de voir ces anciens militaires retrouver, avec le temps, le chemin des associations et conserver un lien avec ceux qui ont partagé des expériences semblables.
À Saint-Nicolas-de-la-Grave, une section des Médaillés militaires a fermé ses portes
Le problème ne concerne pas uniquement les adhésions. Trouver des bénévoles prêts à prendre des responsabilités devient également compliqué. À Saint-Nicolas-de-la-Grave, la 1423ᵉ section des Médaillés militaires a malheureusement fermé ses portes. En janvier dernier, le Journal du Jour avait rencontré son président, Henry Dessaux, qui alertait déjà sur l’absence de successeur. Malgré une association encore active, personne n’avait accepté de reprendre la présidence. La fermeture est désormais effective.
Ce cas illustre une difficulté qui dépasse largement cette seule section. Faute de volontaires, certains responsables acceptent de présider plusieurs associations pour éviter leur disparition. Une situation qui permet parfois de gagner du temps, mais qui ne constitue pas une solution durable.
Des associations qui ne servent pas seulement à porter les drapeaux
Réduire ces associations à leur présence lors des commémorations serait pourtant passer à côté d’une grande partie de leur rôle. Les rencontres, les assemblées générales et les moments de convivialité permettent aux anciens militaires de se retrouver, d’entretenir des amitiés et de rompre parfois un certain isolement. Il y a la camaraderie, mais aussi l’écoute et le soutien. Entre personnes ayant connu la vie militaire et parfois les mêmes opérations, la parole peut être plus facile. Ces échanges permettent notamment de repérer des camarades en difficulté et de les orienter vers une aide adaptée.
Les associations accompagnent également leurs membres dans certaines démarches administratives, notamment auprès de l’Office national des combattants et des victimes de guerre, pour faire reconnaître des droits ou obtenir des décorations auxquelles ils peuvent prétendre. Autant de missions moins visibles que les cérémonies, mais essentielles pour ceux qui en bénéficient. Leur disparition risquerait ainsi de fragiliser tout un réseau d’entraide construit au fil des générations.
Et demain, qui tiendra les drapeaux ?
Reste enfin la question de la transmission. En Tarn-et-Garonne, les jeunes prennent déjà leur place dans les cérémonies patriotiques. À Moissac, les élèves de la classe Défense de la Sainte-Famille participent régulièrement aux commémorations. À Lafrançaise, ceux du collège Antonin Perbosc découvrent, à travers leur classe défense, l’engagement, la citoyenneté et la mémoire combattante. Des initiatives auxquelles s’ajoutent les formations de jeunes porte-drapeaux. Éric Guichard participe lui-même à ces actions et en reconnaît toute l’importance. Mais cette mobilisation de la jeunesse ne doit pas, à ses yeux, remplacer l’engagement des anciens militaires. Des actions auxquelles Éric Guichard participe et dont il reconnaît toute l’importance pour sensibiliser les nouvelles générations à l’histoire et à la mémoire combattante. Mais cette relève scolaire ne devrait pas, à ses yeux, se substituer entièrement à celle des anciens militaires. « Je ne peux pas croire que d’ici 15, 20 ans, ce ne soient plus que des lycéens ou des collégiens qui vont être amenés à porter les drapeaux français d’associations patriotiques. Je ne peux pas me faire à cette idée. »
Cette inquiétude ne remet pas en cause l’engagement des jeunes. Elle traduit surtout la volonté de voir les anciens combattants continuer à transmettre eux-mêmes leur histoire et leur expérience. Car un drapeau ne représente pas seulement une association. Il accompagne aussi la mémoire de ceux qui ont servi, combattu et parfois perdu la vie.
Un appel aux anciens militaires du Tarn-et-Garonne
Face à cette situation, le président de l’ADACME lance un appel à ceux qui ont servi sous l’uniforme, qu’ils soient issus de l’armée de terre, de la Marine nationale, de l’armée de l’air et de l’espace ou de la gendarmerie. Les sapeurs-pompiers sont également les bienvenus. Le message est simple : venir à la rencontre des associations, découvrir leurs activités et, pourquoi pas, s’y engager. Les personnes intéressées peuvent notamment découvrir l’ADACME et ses actions sur la page Facebook ADACME 82 OPEX, où sont partagés les rendez-vous, les cérémonies et les activités de l’association. « Engagez-vous dans le monde associatif. Parce que si eux ne le font pas, qu’est-ce qui va rester après ? »
Une interrogation qui dépasse largement l’avenir de l’ADACME. La fermeture de la section des Médaillés militaires de Saint-Nicolas-de-la-Grave en est déjà l’illustration. Les associations patriotiques ont encore des histoires à transmettre, des anciens à accompagner et des générations à réunir. Encore faut-il que de nouveaux volontaires acceptent de prendre le relais.
































