« On ne peut pas refaire des digues avec 200 000 € par an » : la colère du maire de Castelsarrasin après les crues.

Jean-Philippe Bésiers dans la salle du conseil municipal de Castelsarrasin_JDJ
Archives. JDJ
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Après deux épisodes climatiques successifs et des crues qui se répètent, le maire de Castelsarrasin a adressé un courrier au préfet de Tarn-et-Garonne pour exprimer son exaspération face au manque de moyens consacrés à la protection contre les inondations. En ligne de mire : la taxe GEMAPI, jugée largement insuffisante pour financer la réfection des digues.

Une lassitude après deux tempêtes coup sur coup

« Nous pensons à peine à effacer les stigmates de Nils que Pedro vient contrarier tous ces efforts. »

Dans un courrier adressé au préfet, le maire de Castelsarrasin ne masque ni sa fatigue ni son inquiétude. Depuis deux semaines, élus et agents municipaux sont mobilisés jour et nuit pour faire face aux rafales, aux pluies soutenues et aux cours d’eau en crue. Si la décrue s’est amorcée en fin de semaine, les nouvelles précipitations ont relancé la vigilance. Et dans les départements voisins, notamment en Lot-et-Garonne et en Gironde, des ruptures de digues ont aggravé la situation. « Le visage de nombre de nos communes n’est plus le même », écrit-il, évoquant aussi la vulnérabilité du territoire de Terres des Confluences, à la jonction du Tarn et de la Garonne.

Un territoire historiquement exposé

L’élu rappelle que le secteur est particulièrement sensible aux aléas climatiques : crues venues des plateaux gersois et du système Neste sur le plateau de Lannemezan, fonte du manteau neigeux pyrénéen, précipitations intenses et soudaines. En 2022, une digue avait cédé au sud de Castelsarrasin, provoquant un afflux d’eau qui avait fortement touché le bas de la ville. En mai 2025, Moissac subissait à son tour des inondations majeures dans ses zones d’activité. « Nous avons connu et pouvons connaître la même situation que nos voisins », prévient-il.

La question centrale : la taxe GEMAPI

Au cœur du courrier : la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI). Cette compétence a été transférée aux intercommunalités, financée par une taxe spécifique apparue sur les feuilles d’impôts fonciers. Une ligne d’imposition qui concerne environ 40 % des ménages — les propriétaires fonciers.

Mais pour le maire, le problème est simple : les moyens ne sont pas à la hauteur. « Que peut-on faire avec 150 000 à 200 000 euros par an quand la construction ou la réfection d’une digue se compte en millions d’euros ? »

Il regrette également les déclarations récentes de la ministre appelant les collectivités à « prendre leurs responsabilités ». « Cela passe très mal dans les communes », écrit-il, évoquant « un manque de considération » et même « du mépris » face aux réalités budgétaires locales.

Selon lui, l’État s’est « déchargé d’une problématique – une fois de plus – vers les collectivités locales », sans donner les ressources financières correspondantes. La communauté de communes a déjà fléché des crédits supplémentaires pour sécuriser certains secteurs sensibles, notamment à Moissac. Mais cela ne suffira pas à traiter l’ensemble des points fragiles du territoire.

Une demande de reconnaissance et de moyens

Dans son courrier, l’élu demande au préfet de faire remonter ce « mécontentement » au gouvernement. Il évoque le besoin de reconnaissance en catastrophe naturelle, mais surtout d’un soutien financier durable pour éviter que ces épisodes ne se reproduisent.

« Merci de le faire auprès de celles et ceux qui ont les pieds au sec, de la part de celles et ceux qui les ont dans l’eau », conclut-il.

Au-delà de la formule, le message est clair : face à la répétition des épisodes climatiques extrêmes, les communes demandent des moyens à la hauteur des risques.

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