Saint-Nicolas-de-la-Grave. « Ça me fait mal au cœur » : la 1423ᵉ section des Médaillés militaires sans relève

Membres de la 1423e section des Médaillés militaires réunis lors de leur dernière assemblée à Saint-Nicolas-de-la-Grave
Les membres de la 1423ᵉ section des Médaillés militaires réunis dans la salle Jules-Fromage, à Saint-Nicolas-de-la-Grave. Crédit photos JDJ
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Ce jeudi matin, à Saint-Nicolas-de-la-Grave, ce n’est pas seulement une assemblée générale qui s’est tenue dans la salle Jules-Fromage. C’est peut-être un chapitre entier de la mémoire locale qui s’est refermé.

La 1423ᵉ section de la Société nationale d’entraide de la Médaille militaire y tenait ce qui pourrait rester comme sa dernière assemblée, faute de candidat pour reprendre la présidence après le départ d’Henry Dessaux, en poste depuis 2014.

Une assemblée au goût amer, dans une salle pourtant familière, marquée par le bilan d’un engagement sans relâche… et par un silence lourd de sens au moment de transmettre le flambeau.

Dès l’ouverture de la séance, le ton est donné. Une minute de recueillement est observée en mémoire de Robert Dessaux, Robert Delbes et Tristan Berthillon, trois disparitions qui ont marqué l’année. Le silence est dense, chargé de respect, mais aussi d’un certain poids : celui du temps qui passe.

Douze années de présidence, sans jamais baisser les bras

Au pupitre, Henry Dessaux, président depuis 2014, prend la parole pour présenter son rapport moral. Une prise de parole empreinte de gravité. « Cette assemblée générale 2026 est pour moi un moment compliqué. Il n’y a pas de rattrapage possible. Le devenir de la 1423ᵉ est entre vos mains », confie-t-il.

En douze ans, Henry Dessaux n’a jamais ménagé son énergie. Lorsqu’il reprend la section, elle compte 33 adhérents, dont 17 titulaires. À son apogée, elle atteindra 230 titulaires, 152 médaillés militaires et 134 adhérents. Aujourd’hui, ils sont encore 221, preuve que la section n’est ni morte ni endormie.

Contre vents et marées, le président n’a jamais lâché. La secrétaire le rappellera : 179 cérémonies et assemblées honorées, sans compter les réunions, 15 852 kilomètres parcourus, des visites aux malades, aux isolés et un engagement constant pour le montage des dossiers d’aide auprès de l’ONACVG.

Une section en ordre… mais sans relève

Sur le plan matériel et financier, rien ne cloche. Le trésorier est en règle, la secrétaire opérationnelle. Mieux encore : depuis 2014, la section est passée d’un seul drapeau à huit, s’est équipée d’un ordinateur, d’un vidéoprojecteur, d’une sonorisation, et a même participé à la création d’une stèle à Saint-Nicolas-de-la-Grave. « Votre argent a été bien employé », insiste Henry Dessaux. Tout est prêt. Tout est en ordre. Sauf l’essentiel.

Lorsque vient la question fatidique — y a-t-il un titulaire de la Médaille militaire prêt à reprendre la présidence ?personne ne se lève. Pas un geste. Pas une main. Le silence s’installe, lourd, presque brutal. « Ça me fait mal au cœur que la section se casse la figure comme cela », lâche le président. Puis cette phrase, amère comme un constat : « En semant du blé, on ne récolte pas de l’avoine. »

« Nous étions soudés devant l’ennemi… »

Au-delà de la section locale, Henry Dessaux élargit le regard. En 2005, la SNEMM comptait 100 000 sociétaires. Ils sont aujourd’hui 27 000 au niveau national. « Je souhaite que les effectifs ne baissent pas plus. Les sociétaires ne se sentent plus ou pas concernés. Nous étions soudés devant l’ennemi, aujourd’hui, on ne connaît pas notre voisin de palier. »

Une phrase qui résonne bien au-delà de la salle Jules-Fromage. Une critique douce, presque triste, d’une société où l’engagement collectif s’effrite, où la transmission devient difficile. Malgré tout, Henry Dessaux assure qu’il restera président jusqu’en février, le temps de solder les comptes et de renvoyer le matériel à Paris, si la dissolution devient inévitable. « Je le regrette amèrement », confie-t-il.

Un hommage à la hauteur de l’engagement

Avant de clore la séance, l’émotion reprend le dessus. Georges Boyer, trésorier, diffuse une vidéo retraçant douze années de présidence. Les mots s’affichent : Honneur, dévouement, passion. « Un président respecté de tous, à l’écoute, bienveillant et déterminé. Merci pour votre engagement exemplaire. »

Henry Dessaux, ému, remercie à son tour. Il se souvient notamment de 2018, lorsque les deux écoles de Saint-Nicolas-de-la-Grave avaient été réunies autour d’un projet mémoriel : « On a tenté quelque chose d’un peu fou… et ça a marché. »

La matinée s’achève au monument aux morts, par un dépôt de gerbe, avant le verre de l’amitié. En guise de reconnaissance ultime, Henry Dessaux reçoit la médaille d’or de la section, ainsi qu’un triptyque de médailles militaires, dont l’une datant de 1852.

La salle se vide lentement. La 1423ᵉ section est toujours là, sur le papier. Mais son avenir, désormais, tient dans un silence. Celui qui a suivi la question la plus simple… et la plus lourde : qui veut continuer ?

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Emilie BOTTIN
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